L'article 121 du règlement sur le service en campagne...

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Charraud Jerome
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Re: L'article 121 du règlement sur le service en campagne...

Message par Charraud Jerome » jeu. mai 28, 2020 8:55 pm

Bonsoir
Un nouvelle source est toujours intéressante, car elle permet toujours de faire avancer l'étude et fournit ainsi de nouveaux indices. Comme toute sources, il est important de la confronter à d'autres éléments afin de vérifier la véracité, la possible véracité ou l'affabulation.
Ici, nous sommes dans le cas d'un auteur qui a de multiples souvenirs à raconter. 1248 pages, mazette!

Prenons donc le texte et cherchons les éléments, il n'est qu'un seul nom qui ressort: Le lieutenant Rabanit. On ne sait de quelle unité il provient, il encadre la section disciplinaire, mais peut provenir d'unités de la Dicision, du secteur. Cependant, il est assez facile de retrouver sa trace via les fiches Mémoires des Hommes
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Sa fiche matricule aux archives de la Lozère: https://archives.lozere.fr/ark:/24967/v ... ogrp/0/667
Un parcours d'engagé volontaire sous-officier de cavalerie (classe 1912) que le passage dans l'infanterie permit de devenir officier.

Là, vient le doute. Notre lieutenant Rabanit est en réalité Sous-lieutenant (Cela arrive de raccourcir la grade, pendant mon service, même l'adjudant était appelé lieutenant, faut dire j'étais dans la cavalerie).
Notre lieutenant serait mort d'un 210, en réalité, il est mort dans un accident de grenade. Le témoignage nous indique un décès 15 jours après l'exécution sommaire (le 25 février), alors que la fiche Mémoires des Hommes nous indique un décès du S/Ltn Rabanit le 15 février. Et si à cela je rajoute que Rabanit est décédé en 1917 et que le témoignage (extrêmement détaillé ) est daté de 1918, je finis par douter du texte présenté.
Très certainement parti d'un fait réel, l'auteur a modifié les faits qui confronter à d'autres données, disqualifient en partie son témoignage.

La fiche matricule de notre instituteur Coeurdevey, qui si j'ai bien lu était au 167e RI: http://www.archives.territoiredebelfort ... Sm1bp/1/57

Cordialement
Jérôme Charraud
Les 68, 90, 268 et 290e RI dans la GG
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monte-au-creneau
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Re: L'article 121 du règlement sur le service en campagne...

Message par monte-au-creneau » ven. mai 29, 2020 8:06 am

Bonjour,

Parfait pour cette recherche ! Le site MdH était en panne (donc fiche pas lue) et rien dans grand-mémorial...

Bien évidemment, il faut des "sources concordantes" (comme on dit aujourd'hui)... ici, il n'y en a pas...

Et de plus l'adjudant Coeurdevey raconte ce que relate le sergent Stofflet. Aujourd'hui on dirait : "c'est l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours...".

Néanmoins, "il n'y a pas de fumée sans feu"... Encadrer une Secion Disciplinaire, ça ne devait pas être de la tarte... surtout quand on était un jeune engagé...

Quant à la cause de la mort de Rabanit, il est plus glorifiant de mourrir tué par un obus ennemi, que d'être tué par un accident de grenade... A l'époque, "ils" ne savaient pas qu'on s'intéresseraient à eux, 100 ans plus tard, et qu'on retrouverait des écrits... donc, la réalité a pu être enjolivée ...

C'est exactement le cas d'un Grand-Oncle que la légende familiale disait "avoir été tué dans le bombardement de l'Hopital de Chalons sur Marne en octobre 1918, où il était soigné pour blessure de guerre". Mais, selon l'Administration militaire il est mort de la grippe espagnole ( Robert Justin Maldémé). C'était plus glorifiant et ça attisait la haine du "boche".
- Quelle est la réalité pour ce grand-oncle ? L'Hopital de Chalons-sur-Marne a bien été bombardé en octobre 1918 : il y a eu des morts ce jour là (le 1er/10/18), mais pas le Grand-Oncle qui est mort 8 jours plus tard... d'après les écrits officiels de l'Armée.
- Donc, on ne sait pas. Il a pu recevoir sur la tête un morceau du plafond écroulé lors du bomardement et en décéder. Mais l'Armée a pu écrire qu'il était mort de la grippe espagnole... pour que les "Etats" et "Statistiques" soient remplis !

En conclusion : on ne saurait sans doute jamais, pour ce cas... à moins un jour de retrouver d'autres écrites concordants...

Trace du bombardement de l'hopital de Chalons-su-Marne :
Image
Nous partons ce matin pour aller directement aux tranchées, du côté de Neuville St Wast, toujours sur la cote 140.
Les Boches ont attaqué avec des forces colossales tous ces jours ci du côté de Souchez et là où nous allons. Ca ne va pas être gai encore.

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Re: L'article 121 du règlement sur le service en campagne...

Message par garigliano1 » sam. mai 30, 2020 9:15 pm

Bonsoir à tous

S’en tenir toujours à la rigueur « historique » est nécessaire sinon on risque de retomber dans les affirmations d’entre-deux guerres où il était de bon ton d’affirmer que la période des mutineries était largement responsable des fusillés du conflit. Les sommaires nécessitent encore plus de cette rigueur car les informations sont en général très parcellaires.

Nous avons publié cet article pour évoquer 3 points principaux (le bilan total n’étant le but recherché) :

1-les textes « support »

2-l’origine de celui qui est le plus « discutable » aujourd’hui : l’article 121

3- montrer que les cas genre « Robert » sont plus nombreux qu’on ne le pense. Quand on a pour seule information, une fiche NMPLF avec une mention « fusillé » ou « passé par les armes », il est absolument nécessaire d’identifier (dans la mesure du possible) d’une part les fusillés et d‘autre part les exécutés sommaires. La recherche est parfois très longue sans certitude d’aboutir.

Comme pour les fusillés, les exemples de « présumés » sommaires ne manquent pas :

-les événements attribués au général Pétain dans l'ouvrage "Cahiers secrets de la Grande Guerre" du Maréchal Fayolle déjà évoqués sur le forum.

-les 39 exécutés du 173e RI régiment stationné en Corse. Pour ce cas, les pertes reconstituées avec MDH montrent rien de spécial à la date du 22 août. Les tués de Dieuze dont ¼ de continentaux sont antérieurs et pourtant l’information émane d’un officier qui a été proche du général de Castelnau.

-toujours concernant le 173e, le JMO d’un régiment du génie mentionne 2 exécutions sommaires le 22/08. On retrouve bien 2 tués à l’endroit cité à cette date mais ils sont classés MPLF. Aucun des documents retrouvés comme le très intéressant contenu du rapport de gendarmerie du dossier du jugement déclaratif de décès ne fournit d’informations allant dans le sens d’une exécution sommaire.

Pour ce dernier cas comme pour d’autres, la recherche continue mais il ne sera pas pris en compte pour l’instant.

Cordialement

Yves
https://prisme1418.blogspot.com/

La démarche entamée de Jérôme est celle qu’on doit entreprendre à chaque fois.

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monte-au-creneau
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Re: L'article 121 du règlement sur le service en campagne...

Message par monte-au-creneau » mer. juin 24, 2020 5:03 pm

Bonjour,

O.K, "toujours s'en tenir à la vérité historique", "afin de ne pas retomber dans retomber dans des affabulations de l'entre-deux guerre". Je l'ai bien compris, mais ...

Mais, pour moi :

1°) Tout n'a pas été écrit et ce qui a été écrit est parfois faux ou mensonger... Y compris bien sût dans des documents officiels

et

2°) Il n'y a pas de fumée sans feu.


Pour le point 2 : Dans le récit de E.Coeurdevey : Possiblement que le lieutenant Rabanit a bien tiré avec son arme à feu sur un forçat qui ne voulait pas obéir à son ordre, mais sans le tuer, en le blessant simplement. L'histoire a été enjolivée en disant que le forçat était mort du coup de feu.

Pour le point 1 : Cela me parait être une évidence.
Nous partons ce matin pour aller directement aux tranchées, du côté de Neuville St Wast, toujours sur la cote 140.
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