le désintérêt sur la mémoire de la PGM

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wam
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par wam » mer. févr. 20, 2013 12:07 am

Bonjour
Dans le cadre d'un projet universitaire, j'ai décidé de travailler sur le sujet qui nous rallie tous.
Le sujet que je veux effectuer est : "le désintéressement de la société française actuelle sur la mémoire de la première guerre mondiale à la veille du
centenaire."
C'est la problématique sur laquelle j'aimerais réfléchir, et le titre est encore provisoire. Il s'agit donc d'étudier le ressenti des différentes
générations sur la première guerre mondiale, étudier les statistiques quant à l'importance du "devoir de mémoire" sur le sujet. Qu'elle est la tendance
actuelle : l'oubli, l'indifférence? Quelles sont les différentes stratégies au sein des institutions, du gouvernement, de l'enseignement, des associations?
Vu qu'il me semble qu'il y a là une défaillance du système, comment établir un projet pour rendre le public acteur de la mémoire et du prochain centenaire?
Je vais devoir créer un projet et proposer des solutions.
Première question : connaissez vous une enquête statistique officielle du gouvernement sur l'indifférence de la société française au sujet de la grande guerre?
Deuxième question : avez vous un avis sur le sujet?
Merci à tous, j'ai besoin de votre avis, car la communauté de ce forum est importante pour moi avant de me lancer dans ce projet.
Cordialement
Wam
:hello:
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dominique rhety
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par dominique rhety » mer. févr. 20, 2013 9:34 am

Bonjour,

d'ailleurs, la plupart d'entre nous ont, pour la première guerre, un intérêt désintéressé.

Cordialement.

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marcel clement
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par marcel clement » mer. févr. 20, 2013 10:35 am

Bonjour,

Avec notre association, nous rencontrons des
enfants des écoles, des élus et beaucoup de personnes et je n'ai pas du tout ce sentiment d'un désintérêt pour la guerre 14-18.


Amicalement,


Alain MC

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wam
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par wam » mer. févr. 20, 2013 11:34 am

Bonjour
Oui en effet, pour le terme désintérêt, c'est une erreur de ma part, comme je l'ai dit le titre est provisoire, merci. J'étais fatigué et le projet est encore mûre. Merci à vous.

Marcel Clément pouvez être plus précis sur votre association et vos interventions?
Car moi j'ai travaillé 10 ans avec des enfants qui n'ont pas eu cette chance. De quelle région s'agit-il ?
Peut être s'agit d'un dysfonctionnement régional, pour ma part il s'agissait de la région Nantaise.
Actuellement je travaille avec des ados et adultes dans le cadre d'un lycée dans le Rhône, et le "désintérêt" y est inquiétant. La plupart confondent les deux guerres mondiales et ne savent pas les dates, alors que leur programme de troisième, d'où ils sortent est je crois en partie axé sur cette période. Heureusement je dis la plupart mais certains sont quand même au courant. Pour ceux ci, ceux avec qui j'en ai parlé :"c'est trop éloigné, donc inintéressant". J'ai quand même réussi à attirer l'attention de quelques un en les confrontant au site "mémoire des hommes", et rapidement quelques uns ont été très attentifs et même demandeurs. Malheureusement je n'ai pas un poste qui me permet d'approfondir ce côté pédagogique, et le suivi est difficile. Mais il y a quand même certains qui sont encore en demande après un an, et c'est cela qui me rassure et qui me dit qu'il y a un dysfonctionnement du système - en tant que système, je parle de la société entière et non uniquement du système éducatif - et qu'il y a des choses à faire pour éviter l'oubli.
Cordialement
Wam
Ps:J'ai édité le titre pour corriger, mais j'ai laissé mon erreur dans le poste pour comprendre celle-ci.
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stcypre
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par stcypre » mer. févr. 20, 2013 2:02 pm

Bonjour,

Pour faire des expos, des interventions dans les lycées, collèges, etc... je peux affirmer un désintérêt flagrant. Bien sûr le temps de ma présentation les participants sont captivés mais après !!!!
J'arrive à redouter les questions diverses où les élèves me posent des questions troublantes, mélangeant les deux guerres... et même un m'a demandé si j'avais participé à cette guerre (j'ai 66 ans mais tout de même).
Lors de mes expos. les questions des visiteurs fusent, mais après !!! Certains me disent rester en contact et puis plus rien....
Alors avec les centenaires on va voir affluer du monde mais après ?
J.Claude
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wam
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par wam » mer. févr. 20, 2013 4:06 pm

bonjour J Claude
Je pense que vous avez en effet discerné un problème : l'après! Il est clair que si l'intervention est bien menée, elle captive mais combien sont touchés "à perpétuité"? Il est clair que cela arrive sinon nous ne serions pas sur ce forum...
Par ailleurs, vous avez relevé là un autre problème qui m'inquiète aussi: comment entretenir la mémoire dans d'autres moments que le 11 novembre ou le centenaire? Comment aller au delà ?
Pouvez vous me précisez votre région et l'âge du public concerné?
Merci pour votre avis.
Cordialement
Wam
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Alain Dubois-Choulik
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par Alain Dubois-Choulik » mer. févr. 20, 2013 5:00 pm

combien sont touchés "à perpétuité"?
Bonjour,
Et pourquoi le devraient-ils ? Auriez-vous dans l'idée de convertir tout le monde ?? :ange: ?? Et dans ce cas pourquoi juste 14-18, pas 1944 ? Pas 1214 - dont on va surement oublier le huicentenaire, sauf peut-être à Bouvines ..., ou tout simplement 70-71 et les 1000 et une guerres passées

Je trouve intéressante l'idée d'analyser l'oubli - donc nécessairement des autres- qu'on peut prendre pour du désintérêt compte tenu de ce symptôme du petit-fils, voire même de tenter de cerner ce regain passager de mémoire (est-il nécessairement orienté m'as-tu-vu ?), après, grâce au ciel, chacun pense à ce qu'il veut.
Cordialement
Alain
PS : imaginez l’ennui des conversations " Salut ! Bon alors en 1915 ............."
Les civils en zone occupée
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wam
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par wam » mer. févr. 20, 2013 5:21 pm

Bonjour Alain
Et pourquoi le devraient-ils ?
je savais que cette métaphore allait faire réagir mais j'aime bien l'idée. :)
Ils ne doivent pas, ils sont libres. Et je ne leur demande pas de devenir passionné mais au moins de les toucher. Qu'ils aient quelque part enfoui au fond d'eux même ce souvenir.
Auriez-vous dans l'idée de convertir tout le monde ??
Ben oui. :) Convertir le souvenir, c'est déjà pas mal. Il vaut mieux viser haut et retomber le moins possible.
Et dans ce cas pourquoi juste 14-18, pas 1944 ? Pas 1214 - dont on va surement oublier le huicentenaire, sauf peut-être à Bouvines ..., ou tout simplement 70-71 et les 1000 et une guerres passées
Je rappelle que je fais ceci dans le cadre d'un exercice noté et que déjà le chantier sur la PGM est énorme, alors je me concentre sur ce qui me passionne le plus. Au début j'avais pensé le faire sur l'histoire en général, puis j'ai préféré me recentrer.
Je trouve intéressante l'idée d'analyser l'oubli
En fait l'analyse n'est qu'une petite partie du travail, le plus gros est surtout dans la proposition de solutions.
PS : imaginez l’ennui des conversations " Salut ! Bon alors en 1915 ............."
Si j'avais plus de conversations comme ça, je serais heureux... :bounce:

Merci beaucoup pour votre avis Alain, cela me fait avancer.
Cordialement
Wam
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stcypre
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par stcypre » jeu. févr. 21, 2013 7:25 am

Bonjour Wam,

Je suis toulousain, mais mes conférences s'étendent sur de nombreuses régions de la France , un peu en Belgique et même en Allemagne...
Les participants vont du CM1 à l'âge de raison (assos, groupes 3è age, sociétés d'histoire, etc).
Quant aux expos le public est varié, comme dans les salons du livre.
Cdt.
J.Claude
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jmn02
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Re: le désintérêt sur la mémoire de la PGM

Message par jmn02 » jeu. févr. 21, 2013 3:19 pm

Bonjour Wam, bonjour à tous,

Je commence à avoir une petite expérience de ce désintérêt de nos concitoyens, qui pourra peut-être vous aider à orienter vos recherches... Cette expérience, accompagnée de quelques réflexions qui en découlent, pouvant peut-être également alimenter la réflexion d'autres membres de ce forum, qui pourront peut-être également vous faire part de leur propre expérience, je me lance donc ici...

Alors que j'étais étudiant en histoire à l'université de Picardie-Jules Verne il y a maintenant près d'une vingtaine d'années, j'ai parallèlement été amené à être surveillant d'externat dans deux petits collèges non loin de Compiègne, dans l'Oise, dans une région qui a été profondément meurtrie par la Grande Guerre. Si je ne peux pas nier qu'il existait dans ces deux établissements une volonté des enseignants de faire connaître cette période et de "l'illustrer" par des sorties pédagogiques (principalement sur le Chemin des Dames et dans la Somme, où des structures d'accueil pour les scolaires étaient en train de se mettre en place, notamment autour de la Caverne du Dragon, qui s'apprêtait à subir un grand "lifting" et grâce à l'ouverture de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne), l'impression était plus contrastée en ce qui concernait les élèves. Déjà passionné de Grande Guerre à cette époque, travaillant sur ce sujet dans le cadre de mes travaux universitaires, j'ai été amené à accompagner plusieurs sorties pédagogiques sur ces lieux de mémoire (Chemin des Dames, Historial de la Grande Guerre, Beaumont-Hamel, Thiepval, Lochnagar Crater, Musée des Abris d'Albert, Mémorial de l'Armistice de Rethondes...) et je me suis retrouvé parachuté "guide conférencier" pour l'occasion (ce qui coûtait moins cher aux familles que s'il avait fallu en payer un venant de l'OT de Laon, de Péronne ou de Compiègne...). Force est de constater que, lorsque nous faisions une visite commentée "expresse" sans quitter le car, moi me trouvant au micro, il fallait régulièrement que je m'interrompe pour que les enseignantes rappellent à l'ordre les "dissipés du fond du car" auxquels il fallait demander régulièrement de se taire avant que je puisse reprendre mes explications... Il en était de même lors des visites "terrain" où, à une époque où nous ne connaissions pas encore le "fléau" du téléphone portable, une partie des élèves partaient se balader tranquillement à l'écart sur le champ de bataille, pour s'intéresser à toutes sortes de sujets, sauf celui de la Grande Guerre, pendant que je fournissais mes explications à une poignée d'élèves (souvent un public plus féminin que masculin d'ailleurs !), qui écoutaient et qui posaient effectivement des questions...

Pour nuancer un peu mon propos, il m'est arrivé, à contrario, depuis cette époque, dans le cadre associatif, d'effectuer des visites commentées de nos expositions à des élèves de classes primaires dans les communes, où mon association s'était installée. Avec ce public plus jeune, paradoxalement moins bien "formé" par leurs "maîtres", et en usant de certains matériels présentés et utilisés comme "interfaces" entre les élèves et moi qui commentait (en terme forcément plus simplifiés, plus globaux et généralistes, mais en tentant toujours de conserver l'aspect "local" pour que chaque enfant puisse se retrouver et s'identifier dans le récit de la guerre que je leur faisais), en usant aussi du jeu des questions-réponses, on arrivait à avoir un public vraiment captivé et attentif...

J'ai quitté depuis maintenant une bonne quinzaine d'années le monde de l'enseignement, étant en revanche resté très impliqué du point de vue associatif et personnel dans l'étude de la Grande Guerre, ce qui m'amène à accueillir régulièrement du public et à effleurer encore le monde universitaire, en me rendant occasionnellement à des colloques autour de la Grande Guerre...

A ce sujet, force est de constater que l'enseignement de la Grande Guerre est en train de connaître depuis deux ou trois ans une profonde mutation et un profond bouleversement. Victime du cours du temps qui passe et de la "globalisation des enseignements", beaucoup d'académies semblent aujourd'hui avoir renoncé à enseigner les guerres mondiales en tant qu'entités distinctes et séparées, mais en les fondant dans une thématique globale ("les conflits du XXe siècle"), qui englobent aussi bien la Première Guerre mondiale, que la Seconde Guerre mondiale, que les guerres de décolonisation - Indochine, à peine effleuré, Algérie -, la Guerre Froide, les guerres du Golfe et du Moyen-Orient... Je n'ai pas de retour sur cette globalisation de l'enseignement (il se trouve peut-être des enseignants en histoire sur ce forum qui pourront nous faire leur "retour d'expérience" à ce sujet), mais il me semble que cette manière d'évoquer la Grande Guerre fusionnée avec tous les autres guerres du XXe siècle risque à terme d'avoir des effets dévastateurs pour la mémoire de la Première Guerre mondiale : en effet, pour la majeure partie de nos concitoyens pour qui la Grande Guerre est à des années lumière de leurs préoccupations quotidiennes (au-delà de cette passion commune qui nous anime tous ici, il faut quand même savoir faire preuve de lucidité et de réalisme !), il est déjà bien compliqué de faire la différence entre le 8 Mai et le 11 Novembre (il suffit pour s'en convaincre de demander à un échantillon de personnes "représentatives", issues de tous les milieux sociaux, ce que signifient ces dates, à quoi elles se réfèrent et quelle est leur signification, pour mesurer l'ampleur de ce désintérêt et de cette ignorance, ou tout au moins de cette distance entre elles et la Grande Guerre)... Alors que restera-t-il, avec une telle manière d'enseigner l'histoire des conflits mondiaux, dans 10, 20, 50 ou 100 ans ? C'est une question qui reste entièrement posée...

Plus près de nous, une affaire qui m'a profondément ému, comme un certain nombre de membres de ce forum, comme certaines populations riveraines, directement impliquées, celle de l'implantation de la décharge sur le site de Puisaleine, dans l'Oise (je vous renvoie aux différents fils sur le sujet sur ce forum), témoigne également des limites de la mémoire de la Grande Guerre, cette question de la disparition des champs de bataille, dans une indifférence quasi-générale d'une partie de la population et des grands médias, souvent avec le consentement des autorités politiques et des pouvoirs publics n'étant cependant, en soi pas nouvelle, puisque c'est une question qui anime localement toutes les anciennes zones de conflit, depuis la veille même de la fin de la Grande Guerre : on se posait déjà la question en 1917-1918 du devenir des zones d'affrontement : fallait-il tout conserver en l'état? Conserver les champs de bataille dévastés et les villes ruinées en l'état ? Ou fallait-il faire table rase du passé et tout reconstruire ? Cette dualité n'a cessé d'exister depuis les années Vingt : il suffit de revenir aux débâts qui animent localement chaque implantation de nouvelles structures sur d'anciens champs de bataille, comme il y a quelques années à Lihons ou aux Bois des Loges, dans la Somme (et dans l'Oise), à Moulin-sous-Touvent (Oise), sur le Chemin des Dames (lors de la mise en deux fois deux voies de la RN2 de Soissons à Laon), les extensions de zones industrielles et périurbaines - voir la région de Reims ou d'Arras, etc... Les débâts sont toujours extrêmement vifs et animés, et force est de constater que, dans la plupart des cas, les zones de combat sont détruites pour favoriser l'implantation de ces nouvelles structures et de ce nouveau tissu industriel ou péri-urbain... Et je ne parle pas ici du remembrement et de la récupération de terres, classées ou non en "zones rouges" pendant parfois plusieurs décennies et que les agriculteurs finissent par défricher et faire niveler, pour les rendre à nouveau à la culture (c'est un phénomène que l'on observe, notamment sur le Chemin des Dames, dans une partie du Soissonnais et dans le Noyonnais, à la fin des années 50 et qui s'amplifie dans les années Soixante et Soixante-Dix)... Je peux sembler m'éloigner ici du sujet qui nous intéresse, mais on touche pourtant bien là à la dualité qui existe, au sein même des instances dirigeantes locales et nationales (qui ont le pouvoir de décision), mais également du citoyen et du propriétaire de terrain "lambda", entre la notion de "mémoire" de la Grande Guerre (je ne parlerai pas de la notion de "devoir de mémoire", qui ne veut pas dire grand chose et qui n'est selon moi qu'un concept de technocrate ; ceux qui usent à volonté de cette notion étant souvent les premiers à faire preuve dans leurs actions quotidiennes de leur "volonté d'oubli" !) et des exigences de notre monde contemporains... Cette dualité prouve assez à quel point la mémoire de la Grande Guerre et l'évolution du monde moderne, et en particulier de notre société de consommation, où les enjeux sont très éloignés de la préservation des sites de mémoire, sont souvent peu compatibles (sauf s'il y a un véritable intérêt touristique, c'est-à-dire financier, à sauvegarder ces sites 14-18)...

Il suffit de voir le désengagement progressif de l'Etat, en dehors des grands discours officiels, qui laisse de plus en plus le soin aux communes (dont beaucoup n'ont pas de moyens humains, ni financiers pour assurer la sauvegarde et la remise en état des sites 14-18) et aux associations le soin de préserver les sites de mémoire, de les sécuriser, de les mettre en valeur (cela parlera sans doute à un certain nombre d'entre vous !)... Certaines municipalités ont une vraie volonté de mettre en valeur ce patrimoine, il suffit de voir ce qui se passe au niveau de la communauté de communes du canton d'Attichy, où une prise de conscience de la richesse du patrimoine de la Grande Guerre est apparue (tardivement, diront certains esprits chagrins !) et où certains élus et certains chargés de mission se battent, souvent contre vents et marées, pour tenter de mobiliser les énergies et mettre en place un "musée-territoire 14-18" dans tout l'est noyonnais (ou l'ouest soissonnais, si vous voulez !)...

Il suffit de voir l'évolution des effectifs des membres des associations spécialisées dans la Grande Guerre et, plus encore, de faire un état des lieux des membres actifs, qui apportent spontanément, et souvent bénévolement, sur leur temps libre, leur aide dans les réalisations de ces associations, pour mesurer qu'il devient souvent difficile pour beaucoup d'associations d'honorer toutes les demandes qui peuvent, par ailleurs, parfois leur parvenir... Force est de constater qu'il est parfois extrêmement difficile de mobiliser les bonnes volontés pour mettre la main à la pâte...

Il est paradoxalement moins difficile, pour peu que l'on trouve les relais (notamment les forums, la presse locale...) de mobiliser le public, encore qu'il est devenu impératif de se renouveler, si l'on ne veut pas voir le public déserter les salles d'exposition au motif maintes fois entendu : "Ouais, ces expos sur 14-18, c'est toujours la même chose !" (en même temps, renouvelant pour notre part régulièrement les thématiques de nos expositions et l'Histoire de l'humanité n'ayant pas connu 50 guerres de 14-18 au fil du ou des siècles, il paraît difficile effectivement de ne pas voir reparaître régulièrement un mannequin en tenue de piou ou en tenue bleu horizon... Si c'est cela que ces "critiques" entendent par "c'est toujours la même chose", effectivement, je ne vois pas trop comment faire pour donner satisfaction à ces insatisfaits !)... Une des parades que notre association a trouvé depuis plusieurs années maintenant pour lutter contre cette lassitude rapide du public est de s'associer avec d'autres associations historiques et de collectionneurs, ainsi que d'histoire vivante, qui permet d'offrir une prestation de qualité, où les collections "tournent" régulièrement, afin de lutter contre cette "usure rapide" autour de la thématique de la Grande Guerre, auprès d'un public qui reste aujourd'hui encore extrêmement volatile et versatile... Cette démarche est d'autant plus intéressante qu'outre le fait qu'elle permet de donner naissance à de réelles amitiés entre passionnés (ce qui en soi est déjà fort appréciable et qui justifie pleinement ces rapprochements), sans qu'aucune association ne perde son identité, ni sa personnalité propre, elle permet d'élargir et d'interconnecter ces différentes associations locales ou régionales entre elles, elle permet en outre de donner un plus grand impact aux manifestations organisées autour de la thématique de la Grande Guerre et de sensibiliser les visiteurs, avertis ou néaphytes, de même que les médias (du moins locaux)... C'est sans doute aujourd'hui une des pistes à explorer pour lutter contre ce désintérêt, qui nous guette toujours... L'exigence du temps nous impose en effet d'avoir des vues tant à court terme, qu'à moyen et long terme (si l'on ne veut pas que les efforts faits par tous ces bénévoles et passionnés d'aujourd'hui soient réduits à néant dans une, deux ou trois générations et qu'ils aient donc été vains...). La question de la portée et de la pérennité des efforts que nous autres passionnés faisons aujourd'hui pour tenter de sensibiliser, et que certains autres membres ont déjà évoqué précédemment, se pose exactement dans les mêmes termes pour nous autres... Et nous sommes inquiets de ce qu'il faut bien qualifier d' "absence de relève" après nous... Quelle portée avons-nous vraiment auprès des jeunes générations ? Combien s'intéresseront vraiment durablement à la mémoire de ce conflit, après être passés nous voir dans nos manifestations ? Après une intervention dans les écoles ? Après une visite de site dans le Noyonnais ? Cela est difficile à quantifier, mais manifestement, il n'en reste pas grand chose, après coup (du moins auprès du grand public, qui bien souvent effectue ce type de sortie, comme il irait à la "foire au boudin", à la "braderie de Lille", voir un meeting aérien, etc... Pour beaucoup, sortir sur un champ de bataille avec une association, c'est participer à une sortie locale comme une autre et il n'y aura pas de lendemains...)... Et combien de personnes effectivement qui nous promettent de reprendre contact avec nos associations, après avoir effectué une visite et parfois s'être longuement entretenues avec nous et que nous... ne revoyons plus jamais !

Je m'arrête là et vous laisse digérer cette trop longue contribution...

Cordialement,

Jean-Michel
JMN02

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