Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

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e-Storial
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par e-Storial » mer. déc. 08, 2010 12:52 am

…était occupée pour moitié, y compris la région parisienne et le Nord, c'est-à-dire les deux poumons économiques du pays, …
Heu… , et l'Est ?

Cdt
JF Genet
«La loi n'y entend rien, c'est affaire de coeur». André Bellard, initiateur en 1921 de l'association dites des "Malgré-nous" et destinée aux soldats lorrains.
http://e-storialdelorraine.com

Yves Buffetaut
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par Yves Buffetaut » mer. déc. 08, 2010 11:21 am

Oui, c'est exact, tout le bassin lorrain... Il avait déjà été sérieusement amputé en 1871, par ailleurs.

bohemond
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par bohemond » mer. déc. 08, 2010 3:24 pm

Bonjour,
que de discussions... Le sujet est chaud.
Les vrais vainqueurs de Verdun, ce sont les Poilus, leurs officiers et s/officiers, morts sur cette terre: Driant et tant d'autres... Ceux qui, après, ont accepté des louanges? Pétain est de ceux-là. En 1918? Il voulait reculer;lisez ceux qui entouraient Foch et ce qu'ils ont en dit... Mais laissons-les tous reposer. Qu' aurions nous fait? Et que ferions nous si...
Très cordialement.

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jbraze
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par jbraze » mer. déc. 08, 2010 4:22 pm

Bonjour,
Les vrais vainqueurs de Verdun, ce sont les Poilus, leurs officiers et s/officiers, morts sur cette terre: Driant et tant d'autres...
Je suis bien d'accord avec vous, l'expression "Vainqueur de Verdun" m'a toujours un peu agacé, et Pétain lui-même, me semble-t-il, a souvent rendu hommage aux soldats de Verdun, sachant ce qu'il devait aux hommes qu'il avait commandés.

Sur le fond du sujet, je n'ai pas d'opinion vraiment tranchée (sans jeu de mots !) et ne suis pas certain qu'il y ait de solution pleinement satisfaisante dans ce dilemne qui, si l'on caricature les choses, oppose la "morale" (on n'honore pas le responsable de milliers de morts) à "l'histoire" (il faut maintenir la référence au grand chef de guerre, elle-même témoignage d'un moment particulier de l'histoire).

Un argument toutefois a particulièrement retenu mon attention : celui de Jean-Michel qui relie l'histoire de cette rue au contexte local (village marqué par la guerre et notamment par l'occupation), et le fait que cette rue ne soit pas pour ainsi dire isolée dans un îlot de rues aux noms totalement étrangers à 14-18 mais inscrite dans une topographie globale, dans un tout où se côtoient les noms des grands généraux de la période. Indépendamment de toute considération politique ou morale, que je respecte, je trouve personnellement dommage de "dépareiller" cet ensemble en lui retirant un de ses éléments, qui contribue qu'on le veuille ou non à la cohérence du tout.

Par ailleurs, comme l'ont très bien souligné certains, une "rue Pétain", ça interpelle le passant et l'amène à se poser des questions. Qui font autant d'occasions d'expliquer, de rappeler l'histoire, et ce avec toute la latitude possible, sans s'interdire, bien au contraire, d'évoquer les aspects les plus sombres.

Je reste malgré tout conscient de la fragilité de ma démonstration. Et je me dis alors que la solution la plus consensuelle serait peut-être malgré tout de débaptiser la rue, mais en gardant une trace de l'ancienne appellation en faisant inscrire sous le nouveau nom "Ancienne rue Pétain", comme cela se fait pour bien d'autres rues anciennes au nom moins polémique.

Qu'en pensez-vous ?

Bien cordialement,

Jean-Baptiste.
"D'autres heures naîtront, plus belles et meilleures / La victoire luira sur le dernier combat / Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures / Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas"
Sylvain Royé, disparu à Douaumont le 24 mai 1916

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croc-5962
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par croc-5962 » jeu. déc. 09, 2010 9:00 pm

Bonsoir à toutes et tous

Certaines rues d'aujourd'hui sont débaptisées souvent par des élus qui n'ont jamais connu les événements qui sont en rapport avec le nom de cette voie.
Est-ce à dire qu'ils veulent refaire l'histoire?
Est-ce à dire qu'ils veulent que les protagonistes, bien vieux aujourd'hui, continue leur division?
Veulent-ils que ce genre de polémique entretienne des dessous électoraux?
jmn02 nous dit:
Je ne sais plus quel auteur disait : "Une nation qui oublie son histoire se condamne à la revivre"...
Je ne sais plus qui a dit: "Français, vous avez la mémoire courte". Oui, mais ça ne le concernait pas....
Triste France qui perd peu à peu la mémoire, et qui sélectionne la mémoire à conserver et celle à refouler...
Tout à fait d'accord.

A bientôt
Fernand

jmn02
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par jmn02 » ven. déc. 10, 2010 4:48 am

Bonsoir,

Je crains de ne pas avoir bien compris tout ce que dit Marc, mais peut-être l'heure tardive à laquelle je lis ce message y est-elle pour quelque chose...
En somme, quel monstre, ce général Pétain de la Grande Guerre ! Ce sont les petits "poilus" qu'il a envoyés à l'abattoir, qui ont fait tout le boulot, en le payant de leur vie, pendant que lui se pavanait tranquillement à l'arrière, loin de tout danger... Cette vision des choses confine au mieux à la caricature, au pire à l'idée toute faite (aussi appelée "préjugé") et au raisonnement simpliste. Voilà l'exemple typique de mélange des genres et des contextes historiques.

Dans le prolongement d'un tel raisonnement, pourquoi ne pas supprimer le premier ministre et, même tout simplement, le président de la République, tant qu'on y est ? C'est vrai, après tout, la cheville ouvrière du pays, c'est cette France qui se lève tôt, qui va travailler, et pas ces présidents de la République qui effectuent des voyages protocolaires en Inde ou ailleurs...
Raisonnement vraiment insensé... Qu'est une nation sans chef ? Qu'est une armée sans chef ? "Un grand troupeau", pour reprendre le titre d'un célèbre roman de Jean Giono. Cela n'a évidemment aucun sens.

La troupe est faite pour obéir et mettre en application sur le terrain les ordres de ses chefs. Les chefs justement sont là pour commander et s'assurer de la bonne exécution des ordres reçus. C'est le principe même de fonctionnement de toute société hiérarchisée. Jusqu'à preuve du contraire, nous n'avons pas encore trouvé de meilleurs modèles de société. Ainsi va la vie...

Le rôle du combattant, durant toutes les guerres, sur tous les fronts, à toutes les époques, est de combattre sur le terrain et d'appliquer au mieux les ordres reçus de ses chefs. Le rôle du commandant est de donner les ordres, les directives, et l'impulsion nécessaire à la bonne exécution de ces ordres sur le terrain. Chacun à sa place...

En 1916, le rôle du soldat de Verdun (comme sur l'ensemble du front Ouest, Est et d'Orient) était de tenir (à défaut de pouvoir attaquer) et, si possible, de refouler l'ennemi des positions qu'il était parvenues à conquérir. En février 1916, lorsque tout allait si mal à Verdun, le rôle de Pétain était de diriger la 2e Armée, puis à partir d'avril, d'assumer le commandement du groupe d'armées du centre (GAC). En tant que commandant d'armée, il avait le rôle d'organiser le front et de rassembler les moyens de contenir la poussée allemande, puis d'organiser la riposte à l'attaque allemande (Verdun : voilà bien une bataille qui nous donne bonne conscience. Dans cette bataille, plus que dans nulle autre, les Français passent pour des héros, ayant été les malheureuses victimes de l'odieuse attaque surprise allemande du 21 février 1916, et n'ayant combattu et consenti aux pires sacrifices que pour se défendre et tenir le terrain convoité et souvent pris par l'ennemi. Pour les Allemands, la bataille héroïque de 1916, "héroïque" pour les mêmes raisons, n'est pas Verdun mais la Somme)... Ce rôle de Pétain était loin, très loin, dans le contexte du mois de février 1916, d'être une petite affaire, ou une partie de plaisir, quand on sait le désarroi de l'armée française, face à cette attaque fulgurante qui fut bien prête de percer notre front sur ce dangereux saillant... C'est sans doute cela que certains semblent ici considérer comme "une bonne planque", en somme...

Pétain n'était pas un enfant de coeur, comme je l'ai déjà écrit ci-dessus. Pas plus que ses homologues, officiers supérieurs ou officiers généraux. Pas plus que les dirigeants politiques qui gouvernaient la France. Pas plus que ceux qui dirigeaient l'Allemagne. Pas plus que ceux qui présidaient aux destinées politiques et militaires des pays alliés. Les hautes responsabilités, civiles ou militaires, s'accommodent fort mal des grands sentiments.

Si l'on veut démontrer la preuve de ce fait, en ajoutant un exemple de plus à ceux déjà cités plus haut : qui était surnommé le "Boucher" ? Non pas Pétain, mais bien le général Mangin, l'ardent promoteur de la "Force Noire", qui, discrédité et écarté de tout commandement après la dramatique affaire du Chemin des Dames, en avril 1917, se refit une virginité lors que la contre-offensive de 1918, pour devenir une des figures emblématiques de la victoire de 1918. Pour autant, qui a déjà sérieusement songé, pour les massacres de troupes africaines qu'il a menées sur le grand abattoir du front occidental, à supprimer le nom du général Mangin de nos rues ?

Aucune mémoire (forcément écrite à posteriori des faits relatés) n'est jamais totalement exempte d'arrière-pensées, ni de recherches de justifications. Cela étant dit, prenez la peine de relire "La Bataille de Verdun", écrite par le Maréchal Pétain, et publiée chez Plon en 1929 (donc bien antérieurement au régime de Vichy et à son cortège d'horreurs). On y trouve sans doute quelques-unes des plus belles pages écrites en hommage et en reconnaissance des sacrifices consentis par les "poilus" de la Grande Guerre. On est très loin de l'image du chef de guerre peu soucieux de la vie de ses hommes, qui collent à la peau de tant de chef de corps de la Grande Guerre.
Peu de chef de guerre laissèrent des pages aussi poignantes sur le combattant de 14-18 (et sûrement pas le général Joffre). Jugez plutôt :

p.78-79 : "... Il est à remarquer que les troupes qui reviennent au front pour la seconde fois ont été recomplétées à l'aide de la classe 1916 ; ces recrues n'ont jamais vu le feu et l'on constate qu'elles se laissent impressionner par le bombardement auquel elles sont soumises, plus que les contingents anciens.
Mon coeur se serrait en effet quand je voyais aller au feu de Verdun nos jeunes gens de vingt ans, songeant qu'avec la légèreté de leur âge ils passeraient trop vite de l'enthousiasme du premier engagement à la lassitude provoquée par les souffrances, peut-être même au découragement devant l'énormité de la tâche à accomplir. Du perron de la mairie de Souilly, - mon poste de commandement si bien placé au carrefour des chemins conduisant au front, - je leur réservais ma plus affectueuse attention quand ils montaient en ligne avec leurs unités : cahotés dans les inconfortables camions ou fléchissant sous le poids de leur appareil de combat quand ils marchaient à pied, ils s'excitaient à paraître indifférents par des chants ou des galéjades et j'aimais le regard confiant qu'ils m'adressaient en guise de salut. Mais quel découragement quand ils revenaient, soit individuellement comme éclopés ou blessés, soit dans les rangs de leurs compagnies appauvries par les pertes ! Leur regard, insaisissable, semblait figé par une vision d'épouvante ; leur démarche et leurs attitudes trahissaient l'accablement le plus complet ; ils fléchissaient sous le poids de souvenirs horrifiants ; ils répondaient à peine, quand je les interrogeais, et, dans leurs sens troublés, la voix goguenarde des vieux poilus n'éveillait aucun écho".

et encore p.136-139 :

"Le soldat de Verdun

"Le 19 septembre 1927, une foule pieuse de pèlerins se pressait à l'inauguration officielle de l'Ossuaire de Douaumont, qui renferma les dépouilles sacrées d'un grand nombre de nos héros tombés au champ d'honneur.
Ce jour-là, saisi par l'émotion du souvenir, évoquant l'image glorieuse et vénérée des combattants que j'avais commandés jadis, je tentai de rappeler leurs souffrances et leurs mérites. Qu'il me soit permis de citer quelques-unes des paroles qui me vinrent aux lèvres et qui formeront la meilleure conclusion de ces récits:
"... Tous il faudrait vous nommer, soldats de Verdun, soldats de l'avant et soldats de l'arrière. Car je mets à l'honneur, comme il se doit, ceux qui tombaient aux premiers rangs de la lutte, je sais que leur courage eût été vain sans leur labeur obstiné de jour et de nuit, poussé jusqu'à l'extrême limite des forces, de ceux qui assuraient la montée régulière des renforts, des munitions et des vivres ou l'évacuation des blessés : conducteurs des camions de la Voie Sacrée, sapeurs de chemins de fer, ambulanciers...
"De quel acier était donc forgé ce soldat de Verdun que la France a trouvé à point nommé pour faire face à une situation exceptionnellement grave et qui a pu affronter sans étonnement les épreuves les plus sévères? Etat-il touché d'une grâce particulière pour avoir été porté aussi naturellement à l'héroïsme ?
"Nous qui l'avons connu, nous savons qu'il était très simplement un homme, avec ses vertus et ses faiblesses ; un homme de notre peuple dont les pensées et les affections étaient restées attachées, malgré dix-huit mois de guerre, au cercle de famille, à l'atelier, au bureau, au village, à la ferme où il avait grandi.
"Mais ce sont précisément ces liens individuels, dont le faisceau constituait l'attachement à la patrie, qui lui imposaient l'obligation de protéger des êtres et des choses qui faisaient à ses yeux le prix de la vie ; qui le disposaient au dévouement total. D'autres sentiments aussi y contribuaient : affection pour la terre chez le paysan, qui trouvait naturel de se sacrifier pour la défense du champ paternel ; soumission religieuse aux décisions de la Providence chez le croyant ; défense d'un idéal de civilisation chez l'intellectuel.
"Cependant, les plus généreux sentiments ne suffisent pas à procurer l'aptitude combative : celle-ci ne s'acquiert que peu à peu par l'accoutumance aux impressions du champ de bataille et par l'expérience des conditions de la lutte.
"Or, il faut se rappeler comment la guerre, déjà longue, avait en 1916 façonné l'homme de chez nous et en avait fait un soldat au sens le plus complet du mot.
"Tant de misères endurées l'avaient cuirassé contre les émotions et avaient augmenté sa capacité de souffrance à un degré exceptionnel ! La vision continuelle de la mort l'avait pénétré d'une résignation qui confinait au fatalisme. Une longue pratique du combat lui avait enseigné que les succès vont au plus tenace et avait développé en lui les facultés de patience et d'obstination. Il avait appris aussi que dans la lutte chacun est solidaire de tous et il avait sacrifié ses habitudes individualistes, ses préjugés de classe, créant ainsi cette admirable camaraderie qui a garanti la cohésion des combattants.
"Devenu soldat expérimenté, confiant en lui-même et dans ses camarades, orgueilleux de sa réputation, il montait en ligne, assurément sans enthousiasme, mais sans faiblesse.
"Sentant peser sur lui l'exigence des nécessités supérieures de la patrie, il accomplissait son devoir jusqu'à la limite de ses forces.
"Peut-on penser en effet que le soldat se serait élevé si haut dans l'héroïsme, s'il n'avait senti derrière lui l'élan de la nation? C'est le pays tout entier qui a accepté la lutte, avec toutes ses conséquences matérielles et morales.
"Le soldat a été le vainqueur de la bataille, parce qu'il a reçu le sentiment national d'impulsion nécessaire; c'est la volonté du pays qui s'est imposée à lui..."


Rares sont les commandants en chef de l'Armée française qui ont rendu un si vibrant hommage aux soldats de la Grande Guerre. Rares sont ceux qui ont su si bien percer à nu le caractère des hommes de la Grande Guerre. Rares sont ceux qui exprimèrent un attachement aussi fort au simple combattant de la Grande Guerre.

Comment s'étonner après cela que la figure du général Pétain, devenu Maréchal de France, ait été à ce point adulée en France, entre les deux guerres mondiales ?... Comment s'étonner de l'extraordinaire popularité de ce général ? Comment refuser de comprendre, aujourd'hui, comment, dans un tel contexte, on a pu, le plus naturellement du monde, céder à la tentation d'honorer à son tour ce grand chef de l'Armée française ?... Comment s'offusquer que les rues des villages et des villes de France aient pu se couvrir de plaques destinées à honorer ce chef prestigieux (les trois villages de la Somme, de l'Aisne et des Ardennes, étant les ultimes témoins, aujourd'hui disparus, de cette France qui aimait passionnément ce général victorieux de 1916 et encore de 1918, qui lui rendait hommage et qui l'honorait) ? Cette France qui souffrait des sacrifices de ses enfants morts pour la Patrie sur les champs d'honneur de la Grande Guerre n'avait, en ce temps-là (entre les deux guerres) pas honte d'honorer ses héros nationaux. Elle avait besoin de ces figures de proue pour se reconstruire, pour donner un sens à cet après-guerre, au vide laissé par tous ces "grands absents" qui ne sont jamais revenus de la Grande Hécatombe. La France avait besoin de repères, d'idoles, pour se guérir de ce "choc traumatique" de la Grande Guerre. Elle avait besoin de donner un sens à ce conflit, pour pouvoir mieux l'exorciser. Et Pétain faisait bien partie de ces grandes figures, dans laquelle chaque Français, chaque ancien combattant de la Grande Guerre (encore très nombreux entre les deux guerres, souvenez vous de la fameuse chambre "bleu horizon") pouvait se reconnaître. Cette aura du général vainqueur de Verdun et de 1918 ne souffrait, à cette époque, aucune contestation possible...

Comme je l'ai rappelé ci-dessus, Pétain resta encore un symbole, bien longtemps après le 17 juin 1940, qui explique l'acceptation du régime de Vichy par l'immense majorité des Français (je vous renvoie aux ouvrages de Henri Amouroux), qui s'accommodaient tout aussi bien de la mise en place d'un statut des Juifs, de la mise en place du régime de collaboration (sous l'impulsion de Pierre Laval), des premières persécutions, de la mise en place de la Légion des combattants, puis de la LVF. Tant que les mesures prises par ce gouvernement ne touchait et ne menaçait pas chaque Français dans son individualité, bien des mesures, jugées aujourd'hui à juste titre insupportables dans notre démocratie, parurent alors tout à fait acceptables par ces Français, restés légalistes (par opposition aux "dissidents" qui avaient décidé de rejoindre le général de Gaulle, la France Libre, en Angleterre ou en Afrique). La prise de conscience de la nature réelle de ce régime dit "de Vichy" ne se fit vraiment qu'avec la mise en place du STO et la création de la Milice française, début 1943, bien longtemps après la défaite des armées françaises... Cette prise de conscience est née de ce que chacun pouvait désormais devenir la victime de ce régime collaborationniste, qui organisait le travail obligatoire en Allemagne (sur ordre des nazis) et un régime répressif de plus en plus féroce, où chacun pouvait devenir à tout moment la victime de l'arbitraire ou de la dénonciation calomnieuse... A ce moment-là, le régime de Vichy n'était plus seulement l'affaire des autres, mais devenait le problème de tous. Le temps du STO et de la Milice, plus encore que les privations de tous ordres et les vexations de toutes natures, marquèrent aussi le temps des choix à faire pour les Français... Combien d'écrits et d'histoires de la Résistance prouvent le fait de ce basculement tardif de l'opinion française ? En parlant de basculement tardif de l'opinion en faveur de la Résistance intérieure et de la France Libre, qui se rappelle encore la foule parisienne venue acclamer en masse le maréchal Pétain en visite officielle à Paris, quelques jours seulement avec la libération de la capitale, en août 1944, et cette même foule (ou presque) qui acclama, quelques jours après la Libération de Paris, le général de Gaulle et les libérateurs de la 2e DB, à l'Hôtel de Ville puis sur les Champs Elysées ? C'est bien cette réalité historique-là qui dérange tant aujourd'hui les consciences, à présent tellement obnubilées par ce qui s'est passé du 17 juin 1940 au mois d'août 1944 (je passe sur la période où le gouvernement de Vichy, devenu totalement fantoche, se réfugia à Sigmaringen) et qui cherchent aujourd'hui encore des responsables sur les épaules de qui se décharger... Ce que l'on refuse de voir aujourd'hui avec une obstination aveugle, c'est le poids de l'acceptation de ce régime de Vichy au sein de la population (quelles que furent ses motivations), du lâche soupir de soulagement de voir l'Armée française enfin poser les armes, après six semaines de bombardements des villes et des populations civiles, d'exode et de combats meurtriers, combats au cours desquelles 100.000 des nôtres laissèrent leur vie pour pallier l'incurie de nos dirigeants politiques et militaires, qui prirent avec tant de désinvolture la menace que faisait peser le régime nazi sur notre liberté et sur la paix en Europe, avant guerre. C'est la faiblesse, la résignation et l'acceptation par la majorité des Français de ce régime institué par Pétain en 1940, que nous refusons de voir, d'admettre, préférant laisser aux coupables désignés par les tribunaux entre 1945 et le début des années 1950 le poids de cette trop lourde responsabilité collective...
Au nom de cette décharge collective, de cette responsabilité exclusivement rejetée sur le dos d'un seul homme, nous sommes prêts aujourd'hui à oublier le rôle du général Pétain de 1914 à 1918, à minorer ou à ignorer son action durant cette guerre, à oublier qu'un jour, la France toute entière rendit hommage au "vainqueur de Verdun", à accepter enfin une réécriture de l'histoire plus conforme à ce qu'attendent aujourd'hui nos bonnes consciences individuelles et collectives.
Pourtant, malgré tous les efforts de certains, aucune occultation n'effacera jamais totalement la réalité historique, parce que celle-ci, désormais figée dans le temps passé, est définitivement immuable.

Cordialement,

Jean-Michel
JMN02

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Patrice Pruniaux1
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par Patrice Pruniaux1 » ven. déc. 10, 2010 6:01 am

L'intégralité de votre message.
Bonsoir Jean-Michel,
Un vrai bonheur pour moi de lire tout ça.
D'abord essentiellement parce que c'est juste et qu'accessoirement je peux arrêter de rédiger mon message. :lol:
Mais je vais en une phrase donné mon opinion sur ce qui ce passe avec le Général Pétain (ou avec certains fusillés):

" Aujourd'hui l'Histoire c'est comme la politique. Elle a trouvé ces Idiots utiles. " :kaola:

Que personne ne cherche cette citation, elle est de moi :sol:
Cordialement, Patrice.

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Patrice Pruniaux1
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par Patrice Pruniaux1 » ven. déc. 10, 2010 8:20 pm

Oui mais avec un emprunt à Lénine.
Bonsoir Pierre,
Sauf que rien ne prouve que ce soit réellement de Lénine.
Je suis pour ma part sceptique.
Au revoir, P. Pruniaux.

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Patrice Pruniaux1
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par Patrice Pruniaux1 » sam. déc. 11, 2010 3:52 pm

Et puis cela me permet un jeu de mots facile.
Bonjour Pierre,
Et que j'apprécie comme d'habitude ;)
Au revoir, P. Pruniaux.

Jean27
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Re: Picardie - Une des dernières "rue Pétain" rebaptisée

Message par Jean27 » mar. janv. 04, 2011 8:13 pm

Bonjour
parmi vous il existe certainement des élus municipaux ; je leur déclare qu'il est judicieux de baptiser une rue, une place, un boulevard... du nom d'une personnalité décédée. Vous serez sûr de ne pas vous trouver en face d'une personne qui après votre dénomination devienne ce que vous n'aviez pas imaginé.
Baptiser une rue "rue Maréchal-Pétain" dans les années 20 semblait légitime, mais évidemment aujourd'hui cela fait désordre, car au tribunal de l'histoire le Pétain de Vichy a oblitéré l'action du Pétain de la Grande Guerre.
Si vous commettez un meurtre, même si vous êtes un bon père, un bon mari, un salarié exemplaire, un citoyen jusque-là sans problèmes, vous serez condamné par le tribunal des assises au nom de la société.

A bientôt

Jean

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