Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

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Arnaud Carobbi
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par Arnaud Carobbi » dim. oct. 04, 2009 2:00 am

Bonjour à tous,

On en parle souvent, du « tir ami ». L'admettre est difficile. Ce n'est pas nouveau pourtant. La littérature et le cinéma regorgent d'exemples. L'actualité aussi.
Déjà pendant la Première Guerre mondiale. On pense souvent aux tirs de l'artillerie trop courts, mais ce pouvait être aussi le fait de fantassins.
  • Relève :
24 décembre 1916. La 36e DI relève la 43 DI dans la Somme, non loin d'Hardonnières. La 71e brigade prend le contrôle du sous-secteur est. Le 34e RI relève le 3e BCP au quartier D ; le 49e RI relève le 149e RI au quartier C.
  • Mission au poste d'écoute :
Nuit du 25 au 26 décembre 1916, un groupe de 4 hommes du 34e RI doit aller à un poste d'écoute dans le no man's land. Mais le sergent Sarrabeyroux et les soldats Morlaës, Seguin et Boucher ne reviennent pas et sont déclarés manquants.

La nuit suivante, une patrouille du 34e RI part à la recherche des égarés. Ils ne retrouvent que le sergent Sarrabeyroux, face aux tranchées du 49e RI. Touché au ventre, il est mort sur place ; aucune trace des trois autres soldats. L'hypothèse est que, égarés, les hommes n'ont pas trouvé le poste d'écoute et se sont retrouvés dans le secteur du 49e RI. Les sentinelles ont tiré.

Image

Le corps du sergent est ramené. Mais qu'est-il advenu des trois autres hommes ? On peut supposer que, faisant demi-tour car se croyant sous le feu allemand, ils se soient en fait dirigés vers les lignes ennemies. Ce n'est qu'une hypothèse. Aucune indication de leur retour dans les lignes françaises ; aucune fiche de Mort pour la France ; aucune indication dans l'historique. D'ailleurs cet historique, bien que très complet sur les pertes, a oublié le sergent Sarrabeyroux (né en 1896, classe 1912, engagé à 16 ans ?).

Image
  • Conclusion :
La réaction du supérieur, le commandant de brigade, ne se fait pas attendre : dès qu'il apprend la probable tragique méprise qu'il est le seul à évoquer clairement, il interdit les missions dans le no man's land « avant de connaître le terrain ».


Si vous avez d'autres exemples de tirs amis, n'hésitez pas, ils permettront de mettre en évidence les circonstances dans lesquelles ces tragiques méprises pouvaient survenir.

A la semaine prochaine,
Arnaud

Sources :
JMO du 3e BCP pour les cartes ayant permis la réalisation de celle qui est présentée ici.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... iewer.html
JMO du 34e RI
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... iewer.html
JMO de la 71e brigade d'infanterie, pages 81 et 82.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... iewer.html
JMO de la 36e DI page 15
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... iewer.html
Le JMO du 49e RI ne mentionne pas le fait.
Le site du Parcours du combattant de 14-18 : Deux mises à jour par semaine.

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stcypre
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par stcypre » dim. oct. 04, 2009 1:00 pm

Bonjour,

peut-on comprendre un "tir ami", lorsque l'artillerie française tirait sur ordre, juste derrière les lignes françaises, pour empêcher les poilus de reculer... D'où la rancoeur des fantassins envers les artilleurs...
Et puis combien d'anciens poilus m'ont affirmé avoir souvent regretté de ne pas avoir vu, comme le prévoyait le réglement, les observateurs d'artillerie en première ligne !!! De cet absence résultait souvent des erreurs de tirs...
Enfin de nombreuses cartes postale montrent des poilus avec un carré de tissu blanc épinglé dans le dos...
Cordialement. J.Claude
la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.

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Titeuil
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par Titeuil » dim. oct. 04, 2009 1:53 pm

Bonjour Arnaud, bonjour à tous,

* Trouvé ceci dans le JMO du 298ème RI (6 juin 1916) :

" Dans le cours de la journée, les Chefs de Bataillons et les Commandants de Compagnies signalent les tirs trop courts de l’artillerie qui nous causent des pertes sérieuses. L’emploi des fusées vertes ne donnant rien, le Lieutenant Colonel envoie par pigeon voyageur le message suivant :
Lieutenant Colonel Commandant 298ème RI à Colonel Commandant 129ème Brigade : « L’artillerie française ne tient aucun compte de nos fusées vertes. Elle ruine complètement notre ligne de résistance. Deux hommes encore viennent d’être tués et deux officiers grièvement blessés dans la tranchée Firmin. La valeur morale du bataillon se trouve grandement diminuée. C’est la troisième fois aujourd’hui. Le dernier accident est arrivé à 18 heures. »."


* Dans un autre genre, trouvé ceci dans le JMO du 38ème RI (6 février 1916) :

" Dans la nuit du 6 au 7, le caporal Liogier de la 9ème compagnie, est tué par le soldat Reboulet en faisant une ronde dans la tranchée de première ligne ".

Bien à vous,

Bien à vous tous,

Christophe

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Arnaud Carobbi
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par Arnaud Carobbi » dim. oct. 04, 2009 2:27 pm

Bonjour à tous,

Jean-Claude, nous allons tous les deux retomber dans nos travers habituels : mon scepticisme excessif en l'absence de faits précis, votre généralisation à partir de témoignages.

"lorsque l'artillerie française tirait sur ordre, juste derrière les lignes françaises, pour empêcher les poilus de reculer." Donner des exemples précis permettrait de sortir de la simple affirmation qui reste frustrante. Le ressenti des soldats sur les tirs trop courts. Entre un tir trop court et l'ordre de tirer sur ses propres troupes, il y a un pas. La difficulté est qu'il n'y a pas dû y avoir d'ordre écrit. Mais il doit y avoir des témoignages précis, sur une action précise qui permettrait de se faire une idée un peu plus claire, avec le recul nécessaire. Dans les témoignages auxquels vous faites allusion, y a-t-il un fait précis, un lieu afin que la recherche puisse être lancée, pour dénouer ce qui est de l'impression de ce qui est de la réalité ? Avez-vous le témoignage d'un artilleur qui a dû obéir à ce genre d'ordre ?
Et plus généralement, y a-t-il eu des enquêtes après la guerre sur de tels agissements ?

"D'où la rancœur des fantassins envers les artilleurs." Là, je pense qu'il faut nuancer ; il va de soi que les hommes qui ont subi les tirs de leur propre artillerie ne peuvent qu'avoir de la rancœur (je parle évidemment d'erreur). L'exemple sur lequel "Chris1916" a travaillé est significatif et très fort : http://www.lesfrancaisaverdun-1916.fr/temoi-erreurs.htm
Mais cette rancœur n'apparait tout de même pas systématiquement dans les témoignages. Cela rejoint la question des embusqués ; mais aussi du plan de tir lors d'une attaque qui pouvait toucher les troupes amies lorsqu'elles avançaient trop vite. Car inversement, il y a souvent aussi le soulagement du tir d'artillerie sur une attaque ennemie ou sur une batterie trop active.

Mon idée était plutôt de mettre en évidence les tirs amis autres que de l'artillerie car j'en ai vu peu dans mes lectures.

Christophe, votre cas m'intéresse car il rejoint un second que je vais vous proposer. Le sergent Liogier a pour mention « tué à l'ennemi » sur sa fiche MDH, dont le sens se dégage de la lecture de ces cas : "Tué dans des circonstances de guerre", comme le Sous-intendant de première classe Rimet en d'autres circonstances :
Image
  • Tragique méprise
3 janvier 1916, 19h00. L'intendant 1ère classe Arthur Rimet rentre à Savigny-sur-Ardres dans la Marne. Ce n'est pas n'importe qui : en tant que chef de l'intendance des étapes de la Ve Armée, il a droit à voiture et chauffeur. Arrêt à un barrage. La sentinelle n'entend pas le mot de passe prononcé par le chauffeur. Il tire sur la voiture. Arrivé à Savigny, le chauffeur s'arrête et attend que le sous-intendant descende. Intrigué par l'attente, il finit pas se rendre compte que son passager a été touché par le coup de feu et est décédé.
Il est inhumé le 5 janvier suivant.

Par chance, le JMO de son service porte mention des circonstances de son décès car rien n'apparaît dans ses deux fiches MDH : l'une parle de tué « en activité de service », l'autre le « tué à l'ennemi »
ImageImage

Source : JMO de la Ve Armée, Sous-intendance des bataillons d'instruction et des éléments d'étapes.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... iewer.html

Amicalement,
Arnaud
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Titeuil
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par Titeuil » dim. oct. 04, 2009 3:00 pm

Re-

Un tir ami dans des circonstances troubles et complexes : l'affaire Chapelant (jeune lieutenant du 98ème fusillé sur un brancard).

Bien à vous,

Christophe

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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par jbraze » dim. oct. 04, 2009 4:41 pm

Bonjour à tous,
Bonjour Arnaud,

Voici un exemple extrait du JMO du 407e R.I. ( :hello: Peyo). Nous sommes en décembre 1916, sur les Hauts-de-Meuse.

"Dans la soirée du 7 au 8, l'adjudant-chef Scaroni est blessé mortellement au seuil de son abri par un de ses hommes qui, perdant son sang-froid, l'avait pris pour un Boche".

Bon dimanche,

Jean-Baptiste.
"D'autres heures naîtront, plus belles et meilleures / La victoire luira sur le dernier combat / Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures / Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas"
Sylvain Royé, disparu à Douaumont le 24 mai 1916

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Arnaud Carobbi
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par Arnaud Carobbi » dim. oct. 04, 2009 4:46 pm

Bonjour Jean-Baptiste,

Merci pour cet exemple supplémentaire, avec toujours la même mention dans la fiche MDH :
Image

Amicalement,
Arnaud
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par jbraze » dim. oct. 04, 2009 5:08 pm

Re-,

Malheureusement je n'arrive pas à copier le lien des fiches MdH avec mon ordinateur :???: Merci Arnaud de l'avoir fait.

Quel drame aussi pour l'auteur involontaire du coup de feu...

Bien cordialement,

Jean-Baptiste.
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peyo
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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par peyo » dim. oct. 04, 2009 5:33 pm

Bonjour à tous
Arnaud et Jean Baptiste, Justement je suis en train de préparer un article à publier sur le blog du 407° concernant l'histoire de l'Adjudant SCRONI, par contre je recherche sa sépulture au cas où.....
Bonne journée
Amicalement
Peyo

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Re: Au détour d'un JMO (10) - Tir ami

Message par benoit0506 » dim. oct. 04, 2009 9:54 pm

Bonjour à tous,
voici un témoignage extrait d'un courrier d'un soldat du 119e RI relatant un épisode malheureux, conséquence d'un tir ami, lors de l'attaque du 25/09/1915 du bois de la Folie dans l'Artois :

"La compagnie fauchée par les mitrailleuses était couchée dans la plaine et les survivants n’avançaient plus. Nous avons alors gagné un trou d’obus où de Buquière, Agnès, Linant, et deux hommes sont venus nous rejoindre. De là nous étions à 25 mètres des postes et nous nous mîmes à les canarder. J’ai dû en descendre un à travers un créneau mais au bout de quelques minutes un des hommes qui tirait à coté de moi reçoit de derrière une balle qui lui décalotte le crâne. C’était des types de chez nous qui affolés nous prenaient pour des Boches et allaient nous esquinter. Le piston nous fit nous planquer et à ce moment arriva l’ordre de nous replier en raison des pertes trop lourdes du régiment."

Cordialement
Le site du 119e RI http://pagesperso-orange.fr/119RI/
Mes recherches : 119e RI & 22e RAC + Aviation d'Orient

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