Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

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Eric Mansuy
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par Eric Mansuy » mar. mars 24, 2009 3:02 pm

Bonjour à tous,
Quelques éléments datant de 1918, au sujet des défenses électrifiées. En espérant que cela intéressera certains d'entre vous, auquel cas je pourrai poursuivre.

Bien cordialement,
Eric Mansuy

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33e C.A.
ETAT-MAJOR
3e Bureau
N° 8.691/3

Q.G., le 23 mai 1918

Note de service

L’ennemi a établi devant le front du C.A., particulièrement dans la partie Sud, une assez grande étendue de réseaux électrifiés.
La présente note donne à leur sujet quelques notions élémentaires, dont la connaissance est indispensable aux troupes en secteur.
Le Lieutenant BRISSAUD, commandant la 1° Section de la Cie EL-7 à GERARDMER pourra, sur demande adressée au Général commandant le C.A., être mis temporairement à la disposition des Généraux commandant les D.I., pour leur fournir tous les renseignements complémentaires.

Principe du réseau électrifié

Le réseau électrifié est constitué par une barrière conductrice en fil de fer et ronces artificielles soigneusement écartés du sol et tendus sur piquets ou châssis enduits de matière isolante (brai et goudron). Un câble conducteur d’électricité est relié à la masse métallique du réseau, l’autre conducteur d’électricité est à la terre, de sorte que si en un point quelconque de la barrière un contact s’établit, il y aura passage de courant entre le réseau et la terre, et la dépense d’énergie produite peut foudroyer les incurseurs si ces derniers forment l’élément de contact. Le courant envoyé dans les réseaux est d’environ 1.500 volts : le corps humain ne peut résister aux effets physiologiques d’une telle tension.

En quoi il consiste

La forme générale des réseaux électrifiés est celle sur piquets et chevaux de frise. En avant du réseau et vers nos lignes est tendu un fil non électrifié servant de trébuchet ; ce fil est généralement à 20 cm du sol. En arrière et vers les lignes ennemies, un fil tendu à 1 mètre de hauteur sert de main courante pour éviter aux travailleurs ennemis de se laisser surprendre.

Comment on le reconnaît

Lorsqu’on se trouve à proximité d’un réseau électrifié en fonctionnement, on constate aux points d’attache sur les piquets et au contact des herbes frôlant le fil des lueurs bleuâtres ou aigrettes. On entend un grésillement particulier produisant une sorte de crépitement sec et sonore. On peut également se rendre compte du fonctionnement d’un réseau électrifié par des écoutes faites avec 2 fiches plantées en terre reliées à un récepteur téléphonique.

Comment on le détruit

L’emplacement des transports de force, postes de transformation et autres points de première importance, est généralement connu par le commandement. L’artillerie renseignée sur les coordonnées de ces points peut anéantir, par des tirs de destruction, les organes essentiels et ainsi neutraliser l’efficacité des réseaux.
L’étendue du réseau peut aussi être bombardée et être rendue inerte par l’effet de l’artillerie.
Pour effectuer une brèche de moindre importance dans un but spécial, l’infanterie peut intervenir, avec des appareils de cisaillement particuliers ; les unités doivent se garder d’utiliser des instruments de fortune n’offrant aucune garantie.

Comment opérer

Le personnel chargé d’une opération de cisaillement doit être muni :
1° - des effets de protection suivants :
a) bottes en caoutchouc
b) combinaison caoutchouc
c) gants en caoutchouc

2° - d’une cisaille spéciale
Pendant l’opération, veiller avec soin à ce qu’aucun contact permanent ne se réalise entre les fils coupés et le sol.
a) à cause des étincelles qui résulteraient de ce contact
b) afin d’éviter de prévenir l’ennemi, qui a des appareils pour se rendre compte du fonctionnement de ses réseaux.

Faire bien attention que les vêtements isolants ne soient pas déchirés ou transpercés.
La brèche étant pratiquée, ne pas oublier que les deux tronçons de réseaux situés de part et d’autre reçoivent toujours du courant.

Par qui est fourni ce matériel spécial

Les bottes en caoutchouc sont fournies par l’Intendance.
Les combinaisons et les gants caoutchoutés, ainsi que les cisailles spéciales, sont fournis par le Génie de l’Armée (Service Electrique – Note n° 3.136/C du 26 Avril 1918). Adresser les demandes directement au Lieutenant commandant la 1° Section de la Compagnie EL-7 à GERARDMER.

Le Général commandant le 33e C.A.
LECONTE


Destinataires :
62e, 70e, 77e D.I.
Artillerie - Génie
Intendance
Lieutenant cdt Dét. Cie EL-7 à GERARDMER
1° et 2° Bureaux

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VIIe ARMEE
COMMANDEMENT DU GENIE
Service Electrique

Q.G., le 7 septembre 1918

Projet d’instruction sur la reconnaissance et le franchissement des réseaux électrifiés

L’ennemi a établi sur le front de l’Armée d’assez nombreux réseaux électrifiés.
Il est nécessaire de familiariser les troupes avec ces défenses spéciales, de leur apprendre à les reconnaître puis de les exercer à les franchir, ce qui peut être fait sans danger à l’aide du matériel de protection approvisionné par le Service Electrique à cet effet.

PRINCIPES DU RESEAU ELECTRIFIE – Le réseau électrifié est constitué par une barrière en fil de fer tendu sur piquets en bois sec enduits de matière isolante (brai ou goudron).
Un câble conducteur électrique est relié d’une part au réseau, d’autre part à l’un des pôles d’un alternateur d’une Centrale électrique. L’autre pôle est en communication avec la terre. Il en résulte que si le corps d’un homme vient à toucher simultanément le fil de fer et le sol, il se produit à travers ce corps une dérivation de courant suffisante pour provoquer immédiatement la mort.

DE QUOI IL SE COMPOSE – Les caractéristiques habituelles du réseau électrifié ennemi établi entre le Pont d’Aspach et la région du Violu sont les suivantes :
a / un fil tendu à 20 cm de terre le précède généralement. Il n’est pas électrifié mais est destiné à faire trébucher l’assaillant sur le réseau électrifié.
b / le réseau électrifié lui-même a l’aspect d’un réseau normal à deux ou trois rangs de piquets, il est constitué par du fil lisse ou barbelé. Les piquets sont passés au goudron en partie ou en totalité. Quelquefois, il est remplacé par des chevaux de frise du type ordinaire mais à pieds goudronnés.
c / en arrière du réseau, vers la ligne ennemie, un autre fil non électrifié tendu à 1 mètre de terre sert de main courante et protège les travailleurs du contact accidentel du réseau.

COMMENT ON RECONNAIT QU’IL EST SOUS TENSION – Cette reconnaissance s’effectue :
a / à distance par écoute téléphonique. Le fonctionnement du réseau électrifié produit dans un récepteur téléphonique intercalé entre deux prises de terre un bourdonnement caractéristique. Selon la sensibilité des appareils utilisés et suivant la distance qui sépare les deux prises de terre, le réseau électrifié peut être entendu à des distances atteignant 10 kilomètres.
b / à la vue, la nuit. Par l’obscurité et surtout par temps humide, des aigrettes lumineuses et des effluves apparaissent aux points d’attache des fils sur les piquets. Ces aigrettes donnent naissance à un grésillement particulier.

COMMENT ON LE FRANCHIT
I. Si l’on dispose d’artillerie, en détruisant par bombardement soit le réseau lui-même, soit les nœuds importants des canalisations qui l’alimentent. Toutes ces canalisations sont aériennes, leur tracé est en général exactement repéré et les coordonnées des nœuds importants déterminées.
II. Si l’on désire pour un coup de main supprimer la préparation d’artillerie, en y faisant pratiquer une brèche par cisaillement. Cette opération ne doit en aucun cas être tentée avec du matériel de fortune car elle ne peut aboutir qu’à un échec et entraîner la mort de ceux qui l’auront essayée. Elle peut par contre être réalisée sans danger avec le matériel spécial que l’E.C.M.S. livre dans ce but.

Ce matériel comprend :
1° - des cisailles à manche isolé
2° - des gants en caoutchouc
3° - des combinaisons doublement caoutchoutées
4° - des bottes en caoutchouc

Chacun de ces éléments est susceptible à lui seul d’assurer une protection efficace.
Ils sont à demander au Service Electrique dont les représentants à MONTREUX-VIEUX et GERARDMER sont accrédités auprès des C.A. Ils doivent être ménagés car ils sont coûteux et difficiles à approvisionner.

Munie de ce matériel, l’équipe chargée du cisaillement peut opérer sans danger, mais elle doit prendre certaines précautions si l’on veut éviter que la coupure faite au réseau ne soit immédiatement signalée au poste de distribution par les appareils avertisseurs dont sont munis les réseaux ennemis.

Ces précautions font du franchissement d’un réseau électrifié une opération délicate à laquelle il faut être entraîné pour l’exécuter avec succès.
Il y a lieu en conséquence de créer dans chaque D.I. des centres d’instruction où des équipes spécialement choisies par les Corps seront entraînées sur des réseaux d’exercice à l’exécution correcte de la manœuvre de franchissement.

Pour l’organisation de ces Centres, le Service Electrique s’entendra avec les Grandes Unités en secteur. Il mettra temporairement à leur disposition des sous-officiers électriciens pour en assurer le fonctionnement.

(Source : SHD 19N1317)

NB : le trébuchet évoqué pourrait être à l'origine de la mort du lieutenant Carter, non loin du Linge, en septembre 1918 :
"24 septembre : le lieutenant John Carter, à la tête d’une patrouille de quatre sergents et caporaux de la Company F du 51st Infantry, est électrocuté face au C.R. Noirmont. Partis de leurs lignes à 17 heures 30, le lieutenant et ses accompagnateurs, à l’approche du réseau allemand, aperçoivent deux sentinelles : le lieutenant et un sergent tentent d’aborder l’ennemi par le flanc, mais sont accueillis par deux coups de feu ; le lieutenant Carter s’écroule sur les fils de fer, et le sergent, qui essaie de le saisir aux chevilles et de le tirer à lui, reçoit une violente décharge électrique. Menacée d’encerclement par des Allemands supérieurs en nombre, et dans l’incapacité de recevoir l’aide de renforts, la patrouille américaine est contrainte de prendre la fuite.

5 octobre : le corps du lieutenant Carter est découvert par une patrouille de 14 hommes de la Compagnie H du 51st Infantry commandés par le lieutenant Frank Terrell, dont la mission était de faire des prisonniers. Une fusée éclairante ayant été tirée au cours de leur progression, le corps du lieutenant Carter, pris dans les barbelés, leur est apparu à peu de distance." (extraits de "Des Sammies en Alsace : les Américains autour de Munster en 1918")

"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.

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stcypre
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par stcypre » mar. mars 24, 2009 5:12 pm

Bonjour,

Je connaissais ce système, mais à la frontière entre la Belgique et la Hollande pour empêcher les passages de clandestins ...
Les passeurs utilisaient alors des chevalets ou des futs en bois...
Cordialement. J.Claude
la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.

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Gilles ROLAND
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par Gilles ROLAND » mar. mars 24, 2009 5:35 pm

Bonjour,

Eric, d’autres rapports ici et

Amicalement

Gilles [:gilles roland]
-Ca sent le macchab, dit Le Moal. -J’te crois, y en a plein par ici. Jean Berthaud « 1915 sur les Hauts-de Meuse en Champagne »
VESTIGES.1914.1918 MAJ le 10 novembre 2015

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valier
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par valier » mar. mars 24, 2009 5:41 pm

Bonjour à tous,

J'ai enfin l'explication à cette fiche :

Image

Bonne soirée

Jacques
Un Homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom.

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lorrain54
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par lorrain54 » mar. mars 24, 2009 5:41 pm

Bonjour a tous,
tres intéressant, d'après mes souvenirs il semble ce système électrifié a été utilisé au col de la chapelotte,coté Allemand et Français, petite anecdote a vérifier, comme les Allemands utilisaient un voltage supérieur au notre, ils auraient relié leur circuit au notre afin de griller nos générateurs ! l'histoire ne dit pas si cela a fonctionné.
belle soirée, Jean-Louis.
Dites le a tous, " Il ne fait pas bon mourir".

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valier
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par valier » mar. mars 24, 2009 5:50 pm

L'extrait du JMO rapportant la mort du Ss-Lieutenant Robert :

Image
Un Homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom.

verdun69
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par verdun69 » jeu. mars 26, 2009 7:54 pm

Bonsoir ERIC,
Toujours très intéressant, les sujets que vous nous proposez.

MICHEL
MICHEL

humanbonb
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par humanbonb » sam. mars 28, 2009 4:03 pm

Bonjour,
Avez vous déjà entendu parler de réseau électrifié pour les villages de Flirey et Saint Baussant ?

Merci bien.
Cordialement Julien.

steinbach frederic
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par steinbach frederic » sam. mars 28, 2009 11:38 pm

Bonsoir à toutes et tous,
Il y a effectivement sur les canevas de tir présence d'un réseau électrifié au niveau de Flirey pour le secteur compris entre les entonnoirs de mines et Mortmare (devant la plantation Humbert). En revanche aucune mention de cette présence décrite dans les textes de ma connaissance.
Bien cordialement.
Frédéric Steinbach

humanbonb
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Re: Les défenses électrifiées des Vosges... et d'ailleurs

Message par humanbonb » dim. mars 29, 2009 1:53 pm

Merci à toi Frédéric pour cette "confirmation".

Bonne journée.
Cordialement Julien.

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