Abbé Paul Baboin : en juin 1919, il fait chaud, il se baigne, se noie

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monte-au-creneau
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Re: Abbé Paul Baboin : en juin 1919, il fait chaud, il se baigne, se noie

Message par monte-au-creneau » mer. déc. 24, 2014 12:03 am

Bonjour,

Un cas certainement peu courant, et à l'inverse des cas habituels des morts pour la France oubliés ou non reconnus : Une double raison pour signaler ce cas quand même bizarre de "Mort pour la France" : Sous-lieutenant Paul Baboin noyé lors d'une baignade en rivière lors d'une chaude journée :

Voici ce que dit le "Livre d'Or du Clergé du Diocèse de Grenoble" : On y lit que le soldat s'est noyé lors d'une baignade :

... Mais l'armistice survient, et, le 21 novembre, il écrivait chez lui, avec un enthousiasme vibrant, l'entrée de nos troupes à Sarrebourg.
Après diverses étapes au travers de la Lorraine, son régiment, au début de mars, occupa, à l'Est de Metz, quelques villages de la vallée du Nied. Lui, fut cantonné à Vaudrechin. Il logeait chez le curé; et son temps était partagé, pendant cette période calme, entre ses fonctions d'officier d'approvisionnement dont il s'occupait avec zèle, et ses études qu'il avait reprises sérieusement.
Le 12 juin, par une très chaude journée, il quitta le presbytère où il logeait, pour aller se baigner dans le Nied. Les camarades qui devaient l'accompagner n'étaient pas libres. Quelques heures après, ne le voyant pas réapparaître, M. le Curé de Vaudrechin partit à sa recherche avec un groupe de paroissiens. Le lendemain seulement, un pêcheur put retrouver son corps.


Mais le Livre d'Or impute la cause probable de la noyade à une intoxication par les gaz survenue un an plus tôt :

Il fut emporté dans un accident dont les circonstances restent obscures, mais qui fut causé sans doute par les traces qu'avaient laissées dans son organisme les gaz allemands. En juin 1918, le sous-lieutenant Baboin fut gravement intoxiqué par les gaz dont les Allemands usaient alors avec profusion. Les effectifs du régiment étaient déjà réduits par des pertes cruelles. Se laisser évacuer, c'était laisser retomber le poids de ses fonctions sur des camarades déjà surchargés : contre toute prudence il demanda à rester à son poste.
Cette intoxication avait été profonde : il aurait fallu la soigner plus tôt. Dès que son régiment fut relevé, on s'empressa de l'envoyer à l'Hôpital. Les quelques semaines qu'il y passa et la courte convalescence qui suivit ne lui permirent pas de se remettre complétement. Son régiment allait être engagé de nouveau; il s'empressa de le rejoindre. C'était en Lorraine, au milieu d'octobre 1918.


http://www.memoiredeshommes.sga.defense ... 2c0ee67b89

Tout ceci n'enlève bien sûr rien à la valeur de l'homme.
- QUESTION 1: La beauté des Uniformes des Militaires sert-elle à camoufler la laideur de la guerre ?
- QUESTION 2: Ceux qui aujourd'hui commémorent les Poilus sont-ils les mêmes que ceux qui, il y a 100 ans, les envoyaient au casse-pipe sans ménagement?

Rutilius
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Re: Abbé Paul Baboin : en juin 1919, il fait chaud, il se baigne, se noie

Message par Rutilius » dim. déc. 28, 2014 10:16 am


Bonjour,


Complément.


• « La preuve par le sang. Livre d'or du clergé et des congrégations (1914~1922) », Bonne Presse, Paris, 1925, Tome I., p. 67.


« + BABOUIN (Paul-Émile), de Grenoble.

Né à Grenoble, en 1897 ; séminariste à Issy. — Engagé volontaire (S.A.) 2e R.A.C. (15 déc. 1915) ; stage à Fontainebleau ; aspirant (Sept. 1916) ; s.-lieut. ; un frère tué.

A pris part aux actions suivantes : — 1917~1918 : la Malmaison, Chemin des Dames, Flandres ; — 1919 : occupation en Lorraine. — Mort
accidentellement à Vaudrechin [lire : Vaudreching], le 12 juin 1919.

Ordre A. D./27, 10 juin 1918
: " Agent de liaison avec l’infanterie depuis plus d’un an. A rempli ses fonctions dans de périlleuses circonstances, à la Malmaison, au Chemin des Dames et dans les Flandres. Étant intoxiqué par les gaz, a tenu à rester dans son poste de combat jusqu’à la relève du régiment." »


― BABOUIN Paul Émile, né le 4 juillet 1896 à Grenoble (Isère), décédé le 12 juin 1919 à Vaudreching (Moselle) à la suite d’une noyade accidentelle, Sous-lieutenant, 2e Régiment d’artillerie de campagne, Matricule n° 1.626 au corps, classe 1916, n° ... au recrutement de ... (Acte de décès transcrit à Grenoble, le 30 décembre 1919).

Bien amicalement à vous,
Daniel.

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monte-au-creneau
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Re: Abbé Paul Baboin : en juin 1919, il fait chaud, il se baigne, se noie

Message par monte-au-creneau » dim. déc. 28, 2014 7:24 pm

Oui, bonjour, c'est un surprenant cas de Mort pour la France. Allant se baigner pour se rafraichir suite à la forte chaleur et bien après la fin du conflit (mais quelques jours avant le traité de paix), il aurait pu être considéré comme n'étant pas en service, agissant en dehors de tout ordre, hors service commandé, et de ce fait ne pas être admis à cette mention...
Ce qui bien sûr n'enlève rien (comme dit) à sa valeur...


Au revoir.
- QUESTION 1: La beauté des Uniformes des Militaires sert-elle à camoufler la laideur de la guerre ?
- QUESTION 2: Ceux qui aujourd'hui commémorent les Poilus sont-ils les mêmes que ceux qui, il y a 100 ans, les envoyaient au casse-pipe sans ménagement?

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fred S
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Re: Abbé Paul Baboin : en juin 1919, il fait chaud, il se baigne, se noie

Message par fred S » lun. déc. 29, 2014 10:25 pm

Bonsoir,

Un autre exemple avec ce canonnier, Jean Charpenet, du 3ème groupe, 7ème batterie du 52e RAC mort noyé le 12 août 1916:

Sa fiche MPF mentionne "accident survenu en service commandé", le JMO de sa batterie parle bien de baignade et un courrier de mon AGP daté du 19 août 1916 parle également de baignade.
Dans le même courrier il parle d'un soldat du 108 RI mort dans les mêmes conditions en 1915 au Bois le Prêtre.

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Cordialement,
Fred.
Je suis preneur de tous docs ou photos sur le 83ème RI

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