Frontenay sur Dive 14-18

Évocation de parcours individuels
regis 79
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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » mar. janv. 23, 2018 11:06 pm

Ce 23 janvier 1918, Hyacinthe Bironneau, né à Frontenay en 1893, envoie une carte postale à mon grand-père Joseph Depoys. Il écrit:

"Klbasnica, le 23-1-18
Cher Cousin,

je suis très surpris que tu n'est pas de mes nouvels
je suis très surpris que tu n'aies pas de mes nouvelles
car je tes ecri ils y a deja quelques jours je suis tres
car je t'ai écrit il y a déjà quelques jours. Je suis très
bien pour le momen on ne peut mieux
bien pour le moment on ne peut mieux
depuis que je suis en
depuis que je suis en
Orient je n'est pas entendu le canon, je suis au moins
Orient. Je n'ai pas entendu le canon, je suis au moins
a 90 k(m) du front ........ ..... .. ..... depuis deja assez
à 90 k(m) du front ........ ..... .. ...... depuis déjà assez
longtemps es que tu est bien nourri, dit le moi
longtemps. Es-ce que tu est bien nourri, dit-le moi
a ta prochaine lettre
à ta prochaine lettre.
Ton cousin devoué qui t'embrasse. Hyacinthe
Ton cousin dévoué qui t'embrasse. Hyacinthe
8ème genie Cie telegraphique d'armée AFO (Armée Française d'Orient) secteur 501 Orient"

J'ai volontairement laissé l'orthographe d'origine, pour donner plus d'authenticité au récit et transcrit à côté pour une meilleure compréhension, avec un peu de ponctuation. Je ne peux pas joindre l'original, trop volumineux, afin de déchiffrer les 4 mots manquants. J'imagine que le grand-père Joseph, au fond de sa tranchée en première ligne en sud-Alsace, n'a pas dû comprendre non plus...

Je n'arrive pas à savoir où se trouve Klbasnica, pourtant orthographié plusieurs fois comme tel par Hyacinthe Bironneau sur différentes cartes postales. Il y a bien un Klanica près de Belgrade (Serbie), mais j'ai du mal à croire qu'on le retrouve si loin de Salonique à peine un mois après son arrivée en Orient.

Si quelqu'un du forum a une idée de l'emplacment du lieu Klbasnica ......., je suis preneur bien sûr.
Un indice si ce n'est pas une fausse piste: le recto de la carte représente un monastère près de Monastir, actuelle ville de Bitola en République de Macédoine ................

regis 79
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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. janv. 25, 2018 6:03 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 25 janvier 1918……

Ce 25 janvier 1918, Georges Depoys, né à Frontenay en 1883, le mari de Cécile Juteau et frère de Marthe, épouse Courlivant, le père de Marcel et Esther, quitte le 6ème Régiment du Génie. Il l'avait intégré le 01 décembre précédent.
Il rejoint, ce 25 janvier 1918, le 66ème RI.
Le 66ème RI, Geoges Depoys le connaît bien, puisqu'il y a servi de février 1916 à juillet 1917.
Et en ce 25 janvier 1918, ce régiment est au repos pour 6 semaines à Grand, dans les Vosges, avant d'embarquer pour la Somme et y combattre à partir du 17 avril suivant, à Rouvrel, à 20 km au sud d'Amiens.
Il vaut mieux laisser parler l'historique du régiment:

"C'est l'heure H, il fait encore noir, et les tanks qui doivent appuyer sont en retard. Ils viennent lentement, lourdauds et haletants.
Les 1er et 2e bataillons s'élancent à l'assaut dans la nuit. L'adversaire est sur ses gardes. Ses innombrables mitrailleuses balaient l'immense glacis de la ferme Auchin et il a converti le bois du Gros-Hêtre en forteresse.
Ses fusées illuminent la plaine et ses feux d'infanterie se déclenchent. Les sinistres crécerelles mêlent leurs voix grêles. Les tanks manoeuvrant au hasard dans cette obscurité qui les aveugle, ne peuvent intervenir efficacement.
Et les Poilus, dont certains étaient quand même parvenus au parapet de la tranchée ennemie, sont fauchés à bout portant.
Les deux tanks qui passent les lignes boches sont mis hors de combat.
Les vagues refluent sous la nappe de balles, mais les officiers se lèvent, debout devant la mitraille, et les hommes repartent ... on franchit des tranchées pleines de cadavres ennemis déchiquetés par notre artillerie, mais les mitrailleuses tirent follement, la nappe d'acier de leurs projectiles rase le sol en tous sens et il faut se coucher sur le glacis, au milieu des morts et des agonisants.........
."

le bilan est lourd, très lourd: 129 tués, 235 blessés pour peu de résultats.

La bataille de Ressons-sur-Matz, dans l'Oise, au nord de Compiègne, en juin 1918 est également un carnage pour le 66ème RI: 325 tués et blessés. Mais "Ils ne passeront pas", et "ils ne sont pas passés"

L'ennemi ne lâche pourtant pas prise et voilà le 66ème embarqué pour des combats en juillet 1918, dans la Marne cette fois-ci. L'ennemi refuse le combat, s'enfuit, se dérobe, résiste de plus belle, envoie ses obus toxiques.
"Les hommes sont exténués. Depuis deux semaines, c’est l’assaut ou l’escarmouche perpétuels. Deux
semaines de fatigues surhumaines, presque sans nourriture, et sans sommeil. Le succès les galvanise, ils
songent que chacun de leurs efforts libère une parcelle du sol de la Patrie.
Ils sentent que la Victoire est avec nous et, à la pensée du bonheur de vivre quand ils auront gagné la
Paix, dans la France prospère, ils retrouvent la force de repartir.
Enfin, la relève doit être proche. Telle une étoile unique dans un ciel menaçant, il est une chose que les
Poilus contemplent avec espérance : la Relève
".

Oui, mais le goût de la Victoire est amer: le 66ème RI de Georges Depoys vient de perdre 455 hommes.

Georges Depoys, après un autre séjour en Lorraine à occuper, avec son régiment, les forts de Vaux et de Douaumont, va quitter le 66ème RI le 21 septembre 1918.
Il est placé en sursis, à compter de cette date, comme entrepreneur de battages à Frontenay où il apprendra la fin de la guerre.

Georges Depoys, cousin issu-de-germain de Joseph Depoys, mon grand-père, meurt à Frontenay le 14 avril 1924, à 41 ans. Son épouse Cécile lui survivra 50 ans, décédant le 15 avril 1973 aussi à Frontenay.
Ils reposent tous les deux dans le cimetière communal.

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » lun. janv. 29, 2018 9:51 pm

Il y a cent ans et 1 jour, le 28 janvier 1918……

Ce 28 janvier 1918, Hyacinthe Bironneau, né à Frontenay en 1893, envoie une nouvelle carte postale à mon grand-père Joseph Depoys. Il écrit:

"Kblasnica, le 28-1-18

Cher Cousin,

En reponse de ton aimable lettre que je viens de recevoir
En réponse de ton aimable lettre, que je viens de recevoir

a linstan qui ma fait plaisir car depuis deja longtemps
à l'instant, qui m'a fait plaisir, car depuis déjà longtemps

je navaient eu de tes nouvels et qui je te prie
je n'avais eu de tes nouvelles, et qui je te prie

de croire que ces la seul distraction du poilu dorient
de croire que c'est la seule distraction du poilu d'Orient.

car pour les femmes ............ quelle ne seraient pas sauvages
Car pour les femmes ............ qu'elles ne seraient pas sauvages,

cause qui ne le son pas son complètemen pourries enfin
cause qui ne le sont pas, sont complètement pourries, enfin

comme tu di cest un petit detail vivement la fin car
comme tu dis, c'est un petit détail. Vivement la fin car

je vois que sa ne va pas mieux Ton Cousin
je vois que ça ne va pas mieux. Ton Cousin

Devoue qui pense a toi Hyacinthe
dévoué qui pense à toi. Hyacinthe"

Le langage de Hyacinthe Bironneau est plutôt cru pour ce séducteur reconnu comme tel. Son moral est nettement moins bon que dans son précédent courrier, datant seulement de .......5 jours. Quand on pense qu'il va rester en Orient jusqu'en mai 1919!

Je m'étais interrogé sur cette localité de Klbasnica.
Un ami internaute, bien connu sur ce forum, qui signe RobertBFR, a situé l'emplacement sur une carte: à 5 km au nord-ouest de Florina, en Grèce actuelle.
Klbasnica est devenue Proti et compte aujourd'hui 120 habitants....
A partir du code postal de l'époque, il a retrouvé que le Quartier général de l’Armée française d’Orient était à Salonique d’octobre 1915 à août 1916 et à Florina ensuite.

Voici le lien pour localiser Klbasnica: https://commons.wikimedia.org/wiki/File ... p_1890.jpg

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » ven. févr. 02, 2018 9:57 am

y a cent ans, jour pour jour, le 02 février 1918……

De la carte postale envoyée de Klbasnica par Hyacinthe Bironneau le 28 janvier 1918, un confrère généalogiste de la Vienne, paléographe averti, Thierry P., m'a déchiffré le mot manquant et en a corrigé un autre.

Voici le texte complet de sa carte postale du 28 janvier 1918:

"Kblasnica, le 28-1-18
Cher Cousin,
En reponse de ton aimable lettre que je viens de recevoir
a linstan qui ma fait plaisir car depuis deja longtemps
je navaient eu de tes nouvels et qui je te prie
de croire que ces la seul distraction du poilu dorient
car pour les femmes malgre quelle ne seraient pas sauvages
ceux qui ne le son pas son complètemen pourries enfin
comme tu di cest un petit detail vivement la fin car
je vois que sa ne va pas mieux Ton Cousin
Devoue qui pense a toi Hyacinthe
"

Les mots employés par le grand-oncle Hyacinthe sont crus concernant la gent féminine du secteur, mais j'imagine que le mot "pourries" veut plutôt dire "malhonnêtes" ou "pas franches". Probablement que l'ouverture d'un front en Orient n'est pas du goût de tout le monde, même allié, lorsqu'on débarque sur son territoire. et puis la Grèce, neutre au départ, s'est vite retrouvée divisée sur le sujet.
Voici le lien pour en savoir plus sur Wikipédia:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8c ... e_mondiale

Le grand-oncle Haycinthe va devoir rester plusieurs mois à Klbasnica......

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » sam. févr. 03, 2018 7:44 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 03 février 1918……

Ce 03 février 1918, Théodule Thomas, né à Frontenay en 1878, marié à Cuhon (86) et que j'ai évoqué pour la dernière fois en juin dernier, quitte le front. Déjà, depuis le 24 janvier précédent, Théodule Thomas a quitté le 125ème RI pour les services auxiliaires à cause d'une cataracte traumatique de l'oeil gauche non imputable au service.
Mais fin de sa présence au front ne signifie pas retour au pays pour autant. Théodule Thomas sera maintenu dans les services auxiliaires par la commission de réforme du 10 mai 1918 et va donc y rester jusqu'au 08 février 1919, date de sa démobilisation!

Et le 125ème RI qu'il vient de quitter et dans lequel évolue aussi Germain Valançon, né à Frontenay en 1893, que devient-il depuis le mois de juillet 1917?
On le retrouve en Lorraine, en forêt de Parroy et à Marainviller, dans le 54.
L'artillerie allemande est toujours active et le mauvais temps commence à s'installer. Pourtant, les relevés du JMO indiquent quasiment chaque jour la mention: "pertes-néant".

La cataracte de Théodule Thomas va malheureusement lui rendre service. Le 125ème RI va subir la furie allemande dans la Somme. Le régiment, composé de soldats territoriaux, est décimé en mai et juin 1918. D'une presqu'absence de pertes en fin 1917, le 125 ème RI de Poitiers va compter ses morts par dizaines et ses blessés par centaines ......

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » dim. févr. 04, 2018 9:08 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 04 février 1918……

Ce 04 février 1918, Léopold THOMAS, né à Frontenay en 1875, envoie une carte postale à son filleul Joseph Depoys, mon grand-père, en poste en sud-Alsace. Il écrit:

"le 4 février 1918
Mon vieux Josèphe
Je fait reponse a ta carte que jais recut qui
me fait plaisir de savoir que tu êst en bonne sante
moi aussi sa va assez bien. Malgré come tu donc dit les
Nouvélle que lon peut sapprendre elle sont toujours
les même. Moi je suit toujours cantonier dans les
Boyau. Ma route s'est la carrierre des dragon a la carriere
de la some. Alors sit tu est venu dans s'est bon
coin. Malgre les boche nous font rentré plus vite
que lon voudré sertain moment. Mais A part
sela s'es assez tranquille. Vois tu se que
je desirerais le plus sa ne vien pas s'est la fin
de cette Boucherie. Je termine en te
donnant une cordialle poigné de main
Ton parrain THOMAS L
"

Le JMO du 69ème RIT, son régiment, est très clair sur sa position en cette période de février-mars 1918. Léopold THOMAS est effectivement à la Caverne du Dragon à Craonne dans l'Aisne et doit faire le nettoyage de tranchées jusqu'à la creute de la Somme située sur la commune de Vassognes, à environ 5km de Craonne. Peu d'activités de l'ennemi à signaler.

Il doit faire très froid à Craonne, en ce mois de février 1918, lorsque Léopold THOMAS envoie son courrier.
Outre les fautes d'orthographes bien légitimes à cette époque et la quasi absence de ponctuation, l'écriture est difficile à déchiffrer et j'imagine le grand-père Joseph tentant de la lire......

Rappelons que le parrain appelle son filleul, "mon vieux Josèphe", alors qu'il a 15 ans de plus .....

C'est la dernière carte postale connue de Léopold THOMAS. Il sera démobilisé le 24 janvier 1919 et décédera à Frontenay le 23 octobre 1940. Il est inhumé dans le cimetière communal le 25 octobre par un enterrement de première classe d'un coût de 474 francs de l'époque....

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. févr. 15, 2018 7:00 pm

Ce 15 février 1918, Hubert Bironneau, né à Frontenay en 1888, envoie une carte postale à son cousin germain, Joseph Depoys, mon grand-père. Il écrit:
"le 15-2-1918
Cher cousin,
En réponse à ta lettre que j'ai reçut, ces jours-ci datée du
6 courant, tes nouvelles sont toujours agréable, et bien moi aussi
d'après ce que tu vois. j'ai été à Paris, ainsi que chez nous
passé 3 jours, où j'ai vu Eusèbe. me voici de retour à mont-
L'évêque pour combien de temps je n'en sait rien.
je t'écrirai plus longuement un de ces jours.
Cordiale poignée de main.
Ton cousin dévoué Hubert Bironneau"


Selon le JMO, après avoir séjourné avec son régiment, le 76 ème RI, en janvier à Craonne dans l'Aisne, Hubert Bironneau, campe, ce 15 février 1918, près de Senlis dans l'Oise depuis une quinzaine de jours. Éloigné du front, le 76ème RI met à profit cette période pour se reconstituer.
A la mi-mars 1918, l'Historique du régiment précise que, sentant venir une attaque boche imminente, on fait rapprocher les troupes près du front, dans l'Aisne, à 40 km au sud de St Quentin.
Le 21 mars 1918, les Allemands attaquent à la Fère-en-Tardenois. L'ordre est de barrer la route de Noyon, "coûte que coûte". Les déferlantes ennemies sont ralenties, un repli est opéré, avec au passage la destruction de ponts.
L'ennemi enregistre de nombreuses pertes, le 76ème RI aussi.
Au soir du 26 mars 1918, le bilan est lourd: 24 soldats et officiers sont tués, 86 sont blessés et ...........511 sont portés disparu.
Hubert Bironneau est héroïque. Il recevra pour cela une citation le 08 avril 1918 : "Mitrailleur d'élite, a montré pendant les combats des 22 au 25 mars 1918 un sang-froid et une bravoure remarquable: Croix de Guerre".
Hubert Bironneau participe ensuite à la bataille de la Somme en juin 1918 et est démobilisé en mars 1919.
Il fait partie des soldats qui passent tout leur temps de mobilisation "aux Armées", c'est à dire au front, soit du 03 août 1914 au 24 mars 1919 et dans l'infanterie de surcroît. A ma connaissance, il ne reçoit aucune blessure durant cette période. "Ça sifflait de tous les côtés, je me faufilais dans les tranchées en marchant sur les cadavres des copains, je passais à travers les balles, pas une ne voulait de moi!" répétait-il souvent à un petit-neveu interloqué dans les années 70 d'une telle bravoure.

Marié en 1920, Hubert Bironneau vit alors à Mirebeau (86) avant de décéder à Poitiers en avril 1975.
Il a le malheur de perdre son enfant unique, Paul, mort durant le STO, en Allemagne, ........ d'un panaris mal soigné, en 1943 ou 1944.

Pour mémoire, Eusèbe, c'est Eusèbe Messier, le mari de Radégonde Depoys, la soeur du grand-père Joseph et donc le cousin germain par alliance d'Hubert Bironneau.

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » mar. févr. 20, 2018 3:04 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 20 février 1918……...

Ce 20 février 1918, Hyacinthe Roland, né à Frontenay en 1874 et qui habite près de Loudun (86) depuis 1898, reçoit une citation pour un acte de bravoure réalisé 3 ans plus tôt: "très brave, a pris part à l'attaque de Nieuport les Bains (Belgique) le 09 mai 1915 et s'y est vaillamment comporté".

Mieux vaut tard que jamais car Hyacinthe Roland a quitté le 12ème RIT en août 1915 et qu'il est depuis cette date en poste avec le 35ème RIT.

Et pour ce 35ème RIT, régiment de soldats territoriaux, ces deux années sont plutôt agitées: Verdun et la Côte de Poivre à partir de février 1916, l'Aisne de mai à juillet 1916, de nouveau Verdun en décembre 1916, suivi de l'Argonne, encore Verdun et Mort-Homme de janvier à octobre 1917 avant de terminer l'année dans les Vosges à l'Hartmannsvillerkopf!

Ce 20 février 1918, Hyacinthe Roland et son régiment cantonne à Bitschviller, à 40 km à l'ouest de Mulhouse. Le premier et le second bataillon mis respectivement à la disposition du Génie et de la 66ème DI, travaillant essentiellement la nuit, viennent de profiter de 3 repos de nuit consécutifs. Ils ont bien fait car le régiment repart toujours en appui, devant réparer les lignes téléphoniques sous les bombardements qui frappent à l'aveugle, mais tellement dangereux....

Hyacinthe Roland va rentrer de la guerre sans dommages physiques, le 12 janvier 1919. Il continue sa vie près de Loudun, ayant toujours 2 frères vivant à Frontenay, Eugène et Gustave.
Il décède à Véniers, près de Loudun (86), le 20 novembre 1948.

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » sam. févr. 24, 2018 7:54 am

Ce 24 février 1918, Joseph Depoys, mon grand-père, envoie une carte postale. Il écrit:
" Dimanche 24 février 1918,
Ma chère Marie,
Je me fais un plaisir de t'envoyer quelques lignes
aujourd'hui et par un très beau temps que je t'écrit dans la
tranchée à présent voilà la belle saison qui approche il est doux
d'écrire quelques mots par un beau soleil au lieu d'être toujours dans
l'obscurité dans les abris ou éclairés je ne sais comment.
Comme tu vois je suis en ligne depuis 2 jours tout se passe bien
jusqu'ici a part quelques coups de canon comme toujours.
Il y a de la boue en quantité car il a plu ces jours-ci mais
si le temps continue elle n'existera pas longtemps.
Bonnes amitiés Joseph"

Ce même 24 février 1918, Berthe Depoys, la jeune soeur du grand-père Joseph, lui envoie une carte postale au front. Elle écrit:
" Frontenay le 24 février 1918
Cher frère
je t'envoie cette carte pour te dire que nous
avons recus la tienne du 17 voilà deux jours.
Je vais te dire que j'ai était aujourd'hui
a St Jean de Sauves faire mon placement ma
mère est venus avec moi. et commes c'était le jour de
l'allocation, sa fesez une occassion. Je vais te
dire aussi que demain nous Ernest pour finir le
reste des fagots. Comme permissionnaires il y a Joseph Taupin
qui est rendus. Rien autre chose de nouveau pour aujourd'hui.
Ta soeur qui t'embrasse bien fort. Berthe"

Le grand-père Joseph et la grande-tante Berthe utilisent très peu la ponctuation, oublient même des mot, mais on arrive quand même à saisir le sens de leur courrier.
Berthe Depoys se mariera en 1920 avec Georges Proust qui n'est pas encore mobilisé en ce 24 février 1918 et aura 5 enfants dont Gilbert Proust, résistant émérite du Maquis de Scévolles, près de Loudun (86) en 1944.
La grand-tante Berthe va disparaître de maladie en mars 1945.
Je suppose qu'Ernest, dont parle la grande-tante Berthe, est Ernest Taupin, le père de Joseph Taupin, Joseph Taupin en permission ce jour, dont le régiment, le 203ème RI, est en poste .......... en Italie. Car ce régiment, avec la 65ème DI, est désigné pour "porter son aide fraternelle aux camarades d'Italie", où il a débarqué le 1er novembre 1917, à Brescia.
Selon l'historique du régiment, celui-ci est relevé vers mi-février 1918, tout en restant en Italie pour suivre une instruction de 6 semaines. C'est probablement au cours de cette instruction que Joseph Taupin se retrouve en permission à Frontenay.
La présence de la 65ème DI a permis aux Italiens de redresser la situation et de faire savoir à l'ennemi que les forces alliées interviennent partout où c'est nécessaire.
Les Italiens, reconnaissants, accordent la "Fatiche di Guerra" à tous ceux qui ont combattu sur son sol et c'est ainsi que Joseph Taupin est "Autorisé par le Cdt Supérieur de l'Armée Italienne à porter le ruban de "Fatiche di guerra" (efforts de guerre)".
Je ne sais pas si Joseph Taupin retourne en Italie à la fin de sa permission à Frontenay, mais ce qui est sûr, c'est que le 203ème RI va quitter l'Italie le 27 mars 1918 pour se retrouver le 5 avril suivant aux avants-postes de la bataille de la ......... Somme que les Allemands viennent de déclencher.
Si la campagne d'Italie a généré "peu de pertes" au 203ème RI, la campagne de la Somme va être beaucoup plus meurtrière ...
Du 8 au 24 avril 1918, 267 hommes sont hors de combats, contre 61 durant 3 mois en Italie!

regis 79
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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. mars 01, 2018 10:53 am

Il y a cent ans, jour pour jour, le 01 mars 1918……...

Ce 01 mars 1918, Ernest Couillebault, né à Frontenay-sur-Dive le 28 octobre 1879, évoqué dans ces posts le 03 août 2016 et le 01 juillet 2017, termine son sursis en tant que Charron, toujours à Frontenay-sur-Dive pour rejoindre une nouvelle fois les TLH (Tréfileries et Laminoirs du Havre).
La guerre est loin d'être finie et Ernest Couillebault va à nouveau participer à la fabrication d'obus, douilles, cartouches et balles.
Ernest Couillebault y restera jusqu'à sa démobilisation, en mars 1919.

Ernest Couillebault devient après cette guerre 14/18, vers 1927, le sacristain du village.
Il a la foi et a besoin de l'avoir, car sa vie est ponctuée de plusieurs drames.
Son frère Isaïe est tué au combat le 29 septembre 1914 à Boureuilles dans la Meuse.
Son beau-frère, Théodore Bontemps, est tué le 24 octobre suivant à Flirey (Meurthe-et-Moselle)
Sa fille Hélène meurt en juin 1938 à Frontenay-sur-Dive à l'âge de 33 ans.
Son petit-fils, Paul Richard, meurt au service miltaire en Afrique, à Bobo Dialasso, en 1947, à l'âge de 20 ans.
Et son épouse Hortense meurt en septembre 1949 aussi à Frontenay, à l'âge de 69 ans.

Ernest Couillebault survit à toutes ces épreuves et s'éteint à Frontenay le 06 décembre 1972.
Il repose dans le cimetière communal avec son épouse, juste à côté des tombes de sa fille et de son petit-fils.

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