Frontenay sur Dive 14-18

Évocation de parcours individuels
regis 79
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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. déc. 28, 2017 8:21 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 28 décembre 1917……...

Ce 28 décembre 1917, Joseph Depoys, mon grand-père, envoie une carte postale du front. Il écrit:
"Vendredi 28 décembre 1917
Ma chère Marie,
mon premier devoir en arrivant est de t'envoyer quelques lignes.
Tout d'abord, je tiens à te dire que j'ai fait très bon voyage,
terminé en bonnes conditions.
Je n'ai pas encore rejoint ma compagnie, je t'écris à la descente
du train, pour avancer mon courrier d'un jour.
Ici, c'est aussi la neige qui tombe aujourd'hui encore en quantité.
Je t'écrirai de nouveau d'ici peu.
Je t'embrasse bien fort, ton ami dévoué. Joseph
"

On l'aura compris, Joseph Depoys rentre de permission pour rejoindre son poste dans le Sud-Alsace, près de Réchézy et de la frontière avec la Suisse. Le froid et la neige s'installent pour plusieurs semaines, partout en France. Quand on sait qu'il fait -15° C à Nancy le 5 janvier 1918, il ne doit pas faire meilleur en Sud-Alsace!

Et la guerre va continuer ici jusqu'en mai 1918 pour son régiment dont l'historique rapporte:

"Le 29 janvier 1918, c'est l'aspirant Delarue qui, à la tête d'une patrouille, se heurte dans un bois à une patrouille allemande, l'attaque hardiment à la grenade et la force à prendre la fuite.
Le même jour, un coup de main est exécuté sur les tranchées ennemies de l'Entrelargues par un détachement commandé par le lieutenant Saupigne et qui comprend la 22e compagnie et les grenadiers d'élite des 5ème et 6ème bataillons. Des pertes sensibles sont infligées à l'ennemi, des abris détruits, des prisonniers ramenés
".

Le JMO, lui, donne un bilan précis de cette journée: 8 tués et 24 blessés.

Ce même 28 décembre 1917, Hyacinthe Bironneau, né à Frontenay en 1893, cousin germain de Joseph Depoys, lui envoie une carte postale de Salonique. Il écrit:

"le 28-12-1917
Cher cousin,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles
qui sont toujours très bonnes. Je suis arrivé à Salonique
depuis deux jours et je puis te dire qu'il ne fait pas chaud.
C'est loin, mais quel beau coup d'oeil. je t'écrirai plus
longuement demain. Ton cousin dévoué. Hyacinthe
"

Apparemment, Hyacinthe Bironneau est content du dépaysement. Avec le courrier, ce sera bien là la seule distraction, comme il l'écrira plus tard.
Il promet d'écrire le lendemain..........L'a-t-il fait? En tout cas, je n'ai pas retrouvé de carte postale avant fin janvier 1918....

regis 79
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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » sam. déc. 30, 2017 11:11 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 30 décembre 1917……...

Ce 30 décembre 1917, Joseph Depoys, mon grand-père, né à Frontenay en 1890, ne faillit pas à la tradition et envoie une carte de voeux à sa promise.
il écrit:

"Dimanche 30 Xbre 1917,
Ma chère Marie,
je viens aujourd'hui t'offrir mes plus grands souhaits
et voeux à l'occasion de la nouvelle année qui va commencer. Espérons
que ce sera l'année de la paix que l'on attend avec impatience depuis
si longtemps.
Je suis donc de retour avec les camarades, je n'ai pas trop
le "caffard", car il faut bien s'y conformer, du reste l'habitude
fait à tout, on ne peut pas croire que ça finira. Le plus dur
est pour partir en songeant que l'on laisse la maison si
grande et les siens dans une si grande peine.
Bonne santé. Ton petit ami qui t'aime et ne t'oublie pas. Joseph
"

Bien qu'il dise ne pas avoir trop le "caffard", le grand-père Joseph en a gros sur le coeur.
La guerre n'en finit pas, le temps est à la neige, au froid, à la pluie en cet hiver 1917/1918,
si loin de chez lui avec l'idée permanente de pouvoir perdre la vie,
avec des Allemands qui faiblissent pourtant, mais reviennent à chaque fois plus violemment encore.
Comment ont-ils fait, les Poilus, avec tous ces aléas et ces incertitudes, pour tenir jusqu'à la Victoire?

Ce 30 décembre 1917, c'est aussi le retour "à l'intérieur" de Samuel Savattier, né à Frontenay en 1883 et fils de l'instituteur du village, Eugène Léon Savattier, décédé prématurément en 1905.
Samuel Savattier, dont la famille est originaire de la Grimaudière, commune toute proche de Frontenay et où sa petite-fille possède toujours la maison familiale, vient de passer du 17 avril 1917 au 29 décembre 1917 "aux Armées", avec le 214ème RI, puis le 8ème Escadron du Train des Équipages. Impossible de suivre sa trace avec cette dernière unité.

Samuel Savattier, dont le plus grand regret est d'avoir manqué le concours d'entrée à Polytechnique, aura une carrière bien remplie, avant de prendre sa retraite et de s'éteindre chez sa fille à Lézignan-Corbières, en avril 1954. Je ne sais pas où il est inhumé, mais je viens de poser la question à sa petite-fille.......

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. janv. 04, 2018 11:22 pm

Il y a cent ans et 2 jours, le 02 janvier 1918……...

Ce 02 janvier 1918, Delphin Baudet, né en 1873 à Notre-Dame d'Or, habitant Frontenay depuis 1908, voire même 1902, date de son mariage avec une Frontenaisienne, quitte le 69ème RIT.
Selon le JMO, ce régiment est en poste au Chemin des Dames, soit en face de Craonne dans l'Aisne, approvisionnant les premières lignes sous les barrages d'artillerie qui occasionnent quelques pertes, soit près d'Oeuilly dans la Marne entretenant les boyaux de communication ou travaillant à la tête de pont de Pargnan, en fonction de l'appartenance des soldats au premier ou au second bataillon.

Et Delphin Baudet est muté ce 02 janvier 1918 au 69ème RA à pied, créé en juillet 1917, où il intègre une des 38 batteries, chargées des voies de chemin de fer étroites dites de 0,60m. Je ne connais pas le numéro de sa batterie et son parcours est donc impossible à suivre, mais l'historique du régiment apporte quelques précisions sur l'activité que va avoir Delphin Baudet:

"En octobre 1918, l'importance acquise par le service de la f voie de 0,60 peut se mesurer à ses ressources en personnel et matériel qui comprenaient 320 officiers et 21.000 hommes de troupe exploitant un réseau d'un développement total de 3.000 kilomètres environ avec 700 locomotives ou locotracteurs et environ 6000 wagons. Modeste et presque inconnue à ses débuts, la voie de 0,60 a rapidement gagné ses quartiers de noblesse et peut brillamment soutenir la comparaison avec le service automobile, né comme elle pendant la guerre et dont le développement rapide est dû aux mêmes circonstances et aux mêmes nécessités.
..................../..................
N'ayant pour tout abri qu'une toile de tente, leur repos, troublé presque chaque nuit par des tirs d'artillerie ou des bombardements par avions, les canonniers doivent travailler sur des chantiers distants de 10 à 12 kilomètres de leur bivouac, et exposés au feu de l'ennemi. La tâche du jour détruite pendant la nuit par les obus ou par la circulation des troupes, était à recommencer le lendemain, véritable toile de Pénélope devant laquelle le moral des troupes reste sans défaillance.
..................../..................
Il n'existe pas dans l'histoire de la guerre d'exemple aussi caractéristique des services rendus par la voie de 0,60; beau tableau à présenter en regard du service automobile sauvant une situation presque désespérée à Verdun. Voie de 0,60 et service automobile ont justifié, en 1916, l'importance qui leur a été attribuée dans l'organisation de l'armée
."

Delphin Baudet fait partie de ces soldats territoriaux qui auront été réquisitionné durant toute la guerre: du 06 août 1914 au 05 janvier 1919.
Pour mémoire, Delphin Baudet est le père de Raoul et de René, ce dernier toujours de ce monde et qui vient de fêter ses 98 ans.

Delphin Baudet continue sa vie à Frontenay au retour de la guerre et y décède le 26 août 1938. Il est inhumé dans le cimetière communal de Frontenay le jour suivant par un enterrement de seconde classe, le même jour que l'ancien maire de la commune de 1920 à 1937 environ, Pierre Ernest THOMAS.

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » mer. janv. 10, 2018 11:55 am

Il y a cent ans, jour pour jour, le 10 janvier 1918……

Ce 10 janvier 1918, Léopold THOMAS, né à Frontenay en 1875, envoie une carte postale du front à son filleul Joseph Depoys, mon grand-père. Il écrit:

"le 10 janvier 1918,
Mon vieux Joseph,
je fais réponse à ta carte qui m'a fait plaisir de savoir que tu es en bonne santé.
Moi aussi, ça va bien pour le moment. En ce moment, je suis logé dans une carrière,
les Dragons, près d'Hurtebise. Ça n'est pas tranquille, mais mieux qu'il y a un
mois. Je termine en te souhaitant une bonne et heureuse année et le plaisir de
se revoir. Ton parrain
THOMAS L
"

On peut comprendre Léopold Thomas. Son régiment, le 69ème RIT est au front au Chemin des Dames, et à la Caverne du Dragon, entre autres, que j'ai eu l'occasion de visiter il y a quelques années. Le JMO rapporte que les bataillons sont mis à la disposition du Génie ou du commandant de l'Infanterie Divisionnaire.

Comme Delphin Baudet, du même régiment, évoqué récemment, Léopold THOMAS fait partie des soldats qui approvisionnent les premières lignes sous les barrages d'artillerie, entretiennent les boyaux de communication, participent à la garde des lieux conquis par l'Infanterie ou à la surveillance des positions ennemies .

Voici ce que dit Wikipédia sur cette grotte désormais célèbre:

"La Caverne du dragon se situe sur le Chemin des Dames, dans l'Aisne, en Hauts-de-France. Il s'agit d'un lieu stratégique lors de la Première Guerre mondiale et plus précisément lors de l'offensive Nivelle, pendant la bataille des observatoires.
Ce sont les Allemands qui, lors de leur occupation de la caverne, l'ont surnommée la caverne du dragon (Drachenhöhle en allemand). Les flammes et étincelles des mitrailleuses, sortant des entrées de la caverne au cours des combats, leur faisaient penser aux flammes crachées par les dragons depuis leurs grottes
La caverne est à l'origine une carrière souterraine creusée au Moyen Âge dans le calcaire du plateau du Chemin des Dames.
Ces carrières, ou creutes, que l'on retrouve en Somme comme dans l'Aisne, ont été utilisées comme casernes souterraines, abris, postes de secours, pour accueillir des états-majors ou bien, comme c'est le cas ici, comme poste défensif avancé.
La Caverne du dragon est en effet située à proximité de l'isthme de l'Hurtebise, c'est-à-dire là où le plateau est le plus étroit. En outre, sa position en rebord de plateau offre un large panorama sur la vallée de l'Aisne
".

Pour plus de détails, voir: https://fr.wikipedia.org/wiki/Caverne_du_dragon

Et au Chemin des Dames, que ce soit à la Caverne du Dragon ou aux environs, presque chaque jour apporte pour le 69ème RIT des blessés par éclat d'obus.

Et Léopold THOMAS va y rester plusieurs semaines dans cette caverne, car il en parlera à nouveau dans une autre carte postale .......

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » jeu. janv. 11, 2018 10:43 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 11 janvier 1918……...

Ce 11 janvier 1918, Joseph Couillebault, le frère de Léonel, Mort pour la France en novembre 1914 et né à Frontenay en 1891, quitte le 20ème Régiment de Chasseurs à Cheval. Ce régiment combat, entre autres, d'après le JMO et Ch'timiste, à Verdun en mars 1916 et dans la Somme en octobre 1916, puis dans l'Aisne d'avril à mai 1917 et de nouveau à .....Verdun en août et septembre 1917.
Mais cette fin 1917 marque le prélèvement, dans le régiment en poste en Meurthe-et-Moselle, de nombreux soldats pour la relève de l'Armée d'Orient et c'est ainsi que, ce 11 janvier 1918, Joseph Couillebault fait partie, selon le JMO, des 9 soldats appelés à rejoindre le 4ème Régiment de Chasseurs à cheval ........... d'Afrique.
Impossible de suivre davantage sa trace, le JMO de ce dernier ne parlant que du régiment en Orient, alors que Joseph Tiffeneau va encore rester "aux Armées" en France jusqu'au 24 mai 1918, prenant le bateau le lendemain.

Joseph Tiffeneau ne reviendra d'Orient que le 19 octobre 1919, se mariera l'année suivante et exercera la profession de menuisier à St Jean de Sauves (86) avant de s'éteindre en janvier 1972 à Poitiers.

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » dim. janv. 14, 2018 10:32 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 14 janvier 1918……

Ce 14 janvier 1918, Abel Mercier, né à St Jean de Sauves, près de Frontenay, en 1898, est envoyé au front. Après sa mobilisation en mai 1917 et sa formation au 49ème RA de Poitiers, il se retrouve ce jour "aux Armées".
Si on ne peut suivre le parcours individuel d'Abel Mercier, l'historique du régiment est très précis sur cette période.
Le 49ème RAC devient en ce début 1918 le Régiment d'Artillerie de Campagne Portée (RACP). C'est un régiment chevronné avec 5 citations à son actif, qui vient en appui pour les coups de main de l'Infanterie. En janvier-février de cette nouvelle année, cette unité se distingue à nouveau dans la région de Lunéville (54), dans la forêt de Parroy (54) et près de Nancy, obtenant encore une citation.
Début mars 1918, Pétain, rendant visite au régiment, lui promet l'attribution de la fourragère.
Mais mars 1918, c'est aussi l'attaque allemande dans la Somme, le 25 exactement. Le 49ème RACP, alerté ce même jour, s'y rend en 5 jours, sans repos et est en position le 30 mars à l'aube.
C'est justement ce jour-là qu'Abel Mercier est versé au 224ème RA. Mutation probablement salutaire, car le 49 ème RACP va perdre 20 % de ses effectifs engagés dans la bataille de la Somme en 3 semaines de combats.

Un peu de répit pour Abel Mercier dont le nouveau régiment va se rendre du côté D'Ypres, en Belgique, toujours sous contrôle allié. Il faut voir la carte du front de ce 30 mars 1918 pour le croire.........voici le lien pour y accéder: http://www.carto1418.fr/19180330.php

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » lun. janv. 15, 2018 9:36 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 15 janvier 1918……...

Ce 15 janvier 1918, Joseph Depoys, mon grand-père, est en poste avec le 346ème RI, à Pfetterhausen en Haute-Alsace, Haute-Alsace allemande à l'époque. Il envoie une carte postale à Marie Panier, sa promise. Il écrit:

"Mardi 15 janvier 1918,
Ma Chère Marie,
Un tout petit mot pour te donner quelques nouvelles
qui, pour l'instant, ne sont pas trop mauvaises. Nous venons de
passer une petite période de repos pas trop mal quoique
il a fallu travailler un peu. Maintenant nous devons remonter
en lignes demain ou après demain. Il ne fait plus si froid, on croirait
au dégel.
J'ai reçu des nouvelles du cousin Hyacinthe ces jours-ci.
Il me dit que là-bas, les femmes ne sont pas élégantes, elles n'ont pas
l'air de lui plaire, vous ne pourrez plus dire qu'il a des connaissances
partout. Enfin bref, je t'écrirai de nouveau lorsque je serai en lignes.
Ton petit ami qui ne t'oublie pas. Joseph
"

Hyacinthe, c'est Hyacinthe Bironneau, le cousin germain du grand-père Joseph Depoys. Hyacinthe est juste arrivé à Constantinople pour rejoindre l'Armée d'Orient. Beau gosse, sa réputation locale de séducteur n'est plus à faire, mais apparemment, le dépaysement en Orient et la guerre bien sûr, change la donne.....
Pour la petite histoire, Hyacinthe Bironneau deviendra aussi le beau-frère de Joseph Depoys, en épousant après guerre, Aline Panier, la soeur de sa promise!

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » lun. janv. 15, 2018 9:43 pm

Vous l'aurez compris, dans le message précédent, Hyacinthe Bironneau est arrivé depuis peu à Salonique et non Constantinople ......

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » ven. janv. 19, 2018 10:46 pm

Il y a cent ans, jour pour jour, le 19 janvier 1918……...

Ce 19 janvier 1918, Joseph Depoys, mon grand-père, écrit comme convenu à sa promise depuis la Haute-Alsace:
"Samedi 19 janvier 1918
Ma Chère Marie,
Je viens de nouveau te donner un peu de mes nouvelles qui pour
l'instant ne sont pas mauvaises. Je ne suis pas en lignes et nous
allons au travail tous les jours. C'est la bonne vie car on a toujours
la nuit entière pour se reposer, ce qui est beaucoup car dans notre
fichu métier, c'est ce qui est le plus pénible de passer la moitié des
nuits debout. J'ai reçu ces jours-ci ta lettre du 13 courant dans laquelle
tu me parles de ................. Ainsi que tu peux voir comme on nous possède
et on ne peut rien dire.
Maintenant, tu me parles de la carte du pain, est-ce que la crise
serait imminente?
Pour le moment, la température est très douce, il n'a guère
tombé d'eau après le dégel. Ton ami qui t'embrasse. Joseph
"

La personne dont parle Joseph Depoys et dont j'ai volontairement caché le nom semble avoir bénéficié d'une faveur en ce début 1918.
Ce sera de courte durée car l''intéressé restera mobilisé jusqu'en mars 1919.........

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Re: Frontenay sur Dive 14-18

Message par regis 79 » lun. janv. 22, 2018 10:32 am

Il y a plus ou moins cent ans, à quelques jours près, le 22 janvier 1918……

Joseph Depoys, mon grand-père, dans sa carte postale du 19 janvier 1918 à ma future grand-mère, interroge cette dernière sur la carte du pain qu'elle a évoquée dans un courrier précédent.

Je suis allé voir les journaux sur le site des AD 86. Voici ce que j'ai trouvé:

- le 30 novembre 1917, un décret annonce certaines mesures préventives pour éviter la pénurie de pain.Toutes les mesures ne sont pas applicables immédiatement, mais au premier janvier 1918, les boulangers sont livrés à 80% de leur livraison habituelle.

- le 31 décembre 1917, le Journal de La Vienne rappelle ces mesures et la population est donc invitée à consommer 20% de pain en moins. Le respect de ces dispositions évitera la mise en place d'une carte du pain.

- le 11 janvier 1918, le Courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres annonce un achat important de blé à l'Argentine

- le 11 janvier 1918, le Journal de la Vienne, encore, précise que la population contourne la volonté du gouvernement de réduire la consommation de pain en allant dans plusieurs boulangeries et que des situations ne sont pas prévues (ouvriers de passage, voyageurs de bonne foi ou pas, militaires en permission, etc...). Les boulangers n'en finissent pas d'argumenter pour que tout le monde ait sa part réduite de pain.
Il est donc demandé d'instaurer un système plus contraignant de répartition de la farine et d'attribution du pain.

- le 18 janvier 1918, ce même journal révèle qu'un projet de loi prévoit la suppression de consommation des gâteaux, pour ne pas aggraver la pénurie de farine qui s'annonce, je suppose.

- le 23 janvier 1918, le Journal de la Vienne, toujours, annonce:
"Economiser, c'est abréger la guerre et rapprocher la Victoire.
Qui doit économiser? Tout le monde.
Que doit-on économiser? Tout
"
Le programme est clair, ce n'est pas le moment de relâcher l'effort important déjà consenti.

- le 24 janvier 1918, le Journal de la Vienne, toujours et encore, rappelle l'interdiction prévue de la fabrication des chocolats fins et renouvelle les recommandations faites aux boulangers quant à leur commande non honorée ou tardive de farine. Des recommandations du même ordre sont faites aux meuniers, sous peine de poursuites, s'ils approvisionnent indûment les boulangers.

- le 31 janvier 1918, le Journal de la Vienne, enfin, rapporte le courrier de la CGRC (Confédération Générale de la Race Canine), lequel, sur un ton humoristique, mais reflétant la réalité, réclame du pain pour les chiens.
Et ce courrier n'est pas anodin, car un peu partout, on dénombre de nombreux chiens errants, abandonnés par leur maître à cause des restrictions.

- le 16 février 1918, ce même journal informe ses lecteurs que, contrairement à la rumeur, la carte du pain, en vigueur à Paris, sera généralisée.

Si ma future grand-mère parle de la carte du pain en ce mois de janvier 1918, c'est bien que la pénurie s'annonce et qu'il faut prendre des précautions.
La récolte est encore loin, avec de nombreuses terres encore abandonnées, malgré le retour de certains vieux soldats, à Frontenay comme ailleurs ..........

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