lucien bersot

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carnot
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Re: lucien bersot

Message par carnot » lun. mai 25, 2009 11:32 pm

bonsoir à tous,
le sujet est très célèbre,celui du pantalon,lucien Bersot du 60 RI fusillé en 1915 pour avoir refusé un pantalon maculé de sang.Yves Boisset en a fait un superbe téléfilm qui mérite d'etre cité dans les 10 meilleurs fims sur la grande guerre .(c'est naturellement affaire de gout).
je viens de terminer le livre d'Alain Scoff:le pantalon publié chez Lattès en 1982.honnetement,c'est difficile d'aller jusqu'au bout,tellement il est poignant!je le conseille à tous:
il est terrible pour l'armée et notammant pour Auroux,André et les autres s...
comment peut -on etre encore militariste après cette lecture?
si vous voulez me donner votre avis pour ceux qui connaissent ce livre,
bien à tous
bonne soirée avec une pensée pour le brave Bersot et sa famille de Besançon
Bruno

ps: posséde-t-il encore de la famille peut-etre du coté de sa petite fille?

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piou-marine
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Re: lucien bersot

Message par piou-marine » mar. mai 26, 2009 12:39 am

Je confirme excellent film sur le sujet.
Mais je rajouterai que notre vie de 2009,n'est plus celle de 1914.
Ont regarde cela d'une autre façon que celle de l'époque ,
et peut ètre grace à eux,nous la voyons autrement.

PS: En regards avec mon avatar ,la Compagnie "White Star Line" demandera aux familles de rembourser les boutons des uniformes des officiers du TITANIC ayant péris dans le naufrage,
et cela en date de 1912.
Une autre époque !

Cdlt
piou
Harold LOWE 5è officier du RMS TITANIC
15 Avril 1912

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Eric Mansuy
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Re: lucien bersot

Message par Eric Mansuy » mar. mai 26, 2009 10:51 am

Bonjour à tous,
Concernant l’affaire Bersot, un chapitre très fouillé de l’ouvrage de Joseph Pinard, Rebelles et révolté(e)s, y a été consacré :
http://www.editions-cetre.com/index.php ... p;Itemid=1

Bien cordialement,
Eric Mansuy
"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.

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alain
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Re: lucien bersot

Message par alain » sam. mai 30, 2009 9:29 am

Bonjour
à ma connaissance , sa fille est morte dans le sud vers Marseille, sans descendance .

Salutations Comtoises
Alain

Rutilius
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Re: lucien bersot

Message par Rutilius » mar. juil. 07, 2009 11:15 pm


Bonsoir à tous,


■ Lucien Jean Baptiste BERSOT.


Né le 7 juin 1881 à Authoison (Haute-Saône), mort le 13 février 1915 à Fontenoy (Aisne), « tué à l’ennemi » – indique d’abord fort singulièrement sa fiche S.G.A. « Mémoire des hommes » –, puis « (fusillé réhabilité) », Soldat de 2e classe au 60e Régiment d’infanterie, Matricule n° 03.675 au corps, Classe 1901, n° 968 au recrutement de Besançon (Acte transcrit à Besançon, le 1er juin 1915).


L'arrêt de révision.


● Cour de cassation, Chambre criminelle, 13 juillet 1922, Bersot ― MM. André Bouloche, faisant fonction de président ; Duval, rapporteur ; Wattinne, avocat général ; Hersant, avocat (in Recueil Dalloz périodique 1922, Première partie : Cour de cassation, p. 228).


« LA COUR. ― Vu l’article 20 de la loi d’amnistie du 29 avril 1921 ; ― Au fond : Attendu que Bersot a été inculpé pour refus d’obéissance et traduit devant la conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie ; que la question suivante a été posée au conseil : " Bersot (Lucien), soldat à la 8e compagnie du 60e régiment d’infanterie, s’est-il rendu coupable d’avoir, le 11 février 1915, à Fontenoy, refusé d’obéir à un ordre donné par son chef, en présence de l’ennemi ? " ; que sur la réponse affirmative faite à cette question, Bersot a été condamné à la peine de mort par jugement du 12 février 1915, et passé par les armes le lendemain matin, 13 février ; ― Attendu que le jugement du 12 février 1915 a été , par arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, du 14 septembre 1916, cassé, mais seulement dans l’intérêt de la loi, par le motif que le lieutenant Auroux, qui a signé l’ordre de mise en jugement, a présidé le conseil de guerre, prenant ainsi part au jugement de l’affaire dont il avait précédemment connu comme administrateur ; ― Attendu que la chambre criminelle de la Cour de cassation est présentement saisie d’une demande de réformation du jugement du 12 février 1915, dans les termes de l’article 20 de la loi d’amnistie du 29 avril 1921 ; ― Attendu qu’il résulte de l’enquête à laquelle il a été procédé que Bersot, qui n’avait, au cours de l’hiver 1915, qu’un pantalon de toile blanc, dit " salopette ", en avait, à plusieurs reprises, réclamé un autre qui n’avait pu lui être fourni ; que le sergent-fourrier Boisson, en ayant récupéré un dans un cantonnement, le proposa à Bersot le 11 février, mais que celui-ci le refusa comme malpropre ; que, sur le refus persistant par Bersot de le prendre, et après lecture à celui-ci du Code de justice militaire, le sergent-fourrier en référa au commandant de la compagnie ; que celui-ci enjoignit à Bersot de prendre la pantalon et de le nettoyer, mais que Bersot renouvela son refus, en suite de quoi le lieutenant André infligea à Bersot une punition de huit jours de prison pour refus d’obéissance ; ― Attendu qu’à la nouvelle de la punition infligée à Bersot, huit de ses camarades ont adressé au lieutenant André une réclamation collective, qui a été considérée comme une mutinerie et qui a entraîné la comparution de deux d’entre eux, Cottet-Dumoulin et Mohu, devant le même conseil de guerre, sous l’inculpation d’outrage à supérieur pendant le service ; mais qu’il résulte de l’enquête que Bersot, loin d’être, comme il a été prétendu, l’instigateur de cette demande, contraire au règlement, y est resté complètement étranger ; ― Attendu que tous les témoignages, recueillis au cours de l’enquête, sont unanimes pour établir que Bersot était un brave soldat, courageux, aimé et estimé de ses camarades ; ― Attendu que, dans les circonstances ci-dessus relatées, l’injonction adressée à Bersot par le lieutenant André ne peut être considérée comme ayant constitué comme un ordre de service donné pour l’accomplissement d’un devoir militaire en présence de l’ennemi, au sens de l’article 218, § 1er, du Code de justice militaire ; que le fait retenu à la charge de Bersot n’a point présenté les caractères constitutifs de ladite infraction ; que, par suite, c’est à tort qu’il a été déclaré coupable ;

Par ces motifs, réforme, dans l’intérêt du condamné, le jugement du conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie, en date du 12 février 1915 ; déclare que Bersot est et demeure acquitté de l’accusation du crime retenu à sa charge ; ordonne l’affichage du présent arrêt dans les lieux déterminés par l’article 446 du Code d’instruction criminelle et son insertion au Journal officiel ; ordonne également que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera transcrit sur les registres du conseil de guerre spécial du 60e régiment d’infanterie, et que mention en sera faite en marge du jugement réformé ; ― Et statuant sur les conclusions à fin de dommages-intérêts, …dit que la réparation doit être fixée : en ce qui concerne la veuve Bersot, femme Frère, à l’allocation d’une somme de 5.000 fr ; en ce qui concerne Marie-Louise Léontine Bersot, à l’allocation d’une somme de 15.000 fr, dont l’emploi devra être fait en rentes sur l’État français, immatriculées au nom de ladite mineure. »


_______________________________________________________________________________________________________________________________________________


Résumé et notes publiés avec l’arrêt au recueil Dalloz


« Le fait par un militaire en présence de l’ennemi de refuser comme malpropre un vêtement que son chef lui ordonnait de prendre et de nettoyer ne constitue pas le crime de refus d’obéissance à un ordre de service (C. just. milit., art. 218) (1) ;

Par suite, le jugement du conseil de guerre condamnant ce militaire à la peine de mort doit être cassé dans l’intérêt du condamné, et des dommages-intérêts peuvent être alloués à sa veuve et à son enfant mineur (C. instr. crim., 446 ; L. 29 avr. 1921, art. 20) (2).

________________________________________________________________________________________________________________________________________________


(1) Il est certain que l’article 218 du Code de justice militaire pour l’armée de terre (D.P. 57. 4. 115-126) ne s’appliquait pas au fait dont l’inculpé s’était rendu coupable. L’article 218 ne punit de mort en effet que le refus, par un militaire, d’obéir, quand il est commandé, " pour marcher contre l’ennemi ", ou pour " tout autre service ordonné par son chef en présence de l’ennemi ou de rebelles armés ". En l’espèce, l’inculpé n’avait refusé ni de marcher contre l’ennemi ni d’exécuter un service commandé (V. Rép. prat., v° Justice militaire, n°s 303 et suiv. ; Augier et Le Poitevin, Traité théorique et pratique de droit pénal militaire, Refus d’obéissance, n°s 4 et 5).

(2) Il y a là application de l’article 20 de la loi d’amnistie du 29 avril 1921 (D.P. 1921 4. 33), qui a ouvert un recours en révision spécial contre les décisions rendues, au cours de la guerre, par les juridictions dite d’exception : cours martiales et conseils de guerre spéciaux institués en exécution du décret du 6 septembre 1914 (D.P. 1914. 4. 101.).

________________________

Bien amicalement à vous,
Daniel.

Rutilius
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Re: lucien bersot

Message par Rutilius » mar. juil. 07, 2009 11:30 pm


Bonsoir à tous,

Par souci de cohérence et d'exhaustivité, il m'a semblé utile de replacer ici les éléments d'information que j'ai naguère « postés » en rubrique « Pages d'histoire », sous le sujet « Liste des fusillés par régiment ».

Le Figaro, n°195, Vendredi 14 juillet 1922, p. 2, en rubrique « Gazette des Tribunaux » :


« Réhabilitation

La Chambre criminelle de la Cour de cassation vient de réhabiliter le soldat Bersot, du 60e régiment d’infanterie, qui, le 12 février 1915, à Fontenoy (Aisne), avait été fusillé pour mutinerie en présence de l’ennemi. A la suite d’une punition de huit jours de prison, les camarades de Bersot avaient protesté et présenté une revendication collective, qui avait été, par le Conseil de guerre, qualifié
[e] à tort de mutinerie. La veuve de Bersot a obtenu 5.000 francs de dommages-intérêts et sa fille 15.000.
Georges Claretie. »



L’Humanité, n° 6.684, Vendredi 14 juillet 1922, p. 1 :


« UN BEAU SUJET DE MÉDITATION POUR LA FÊTE NATIONALE
Bersot avait été fusillé
On le "réhabilite"
LES OFFICIERS ASSASSINS ONT OBTENU DE L’AVANCEMENT


La société bourgeoise, qui a le cynisme de faire défendre ses privilèges par ses exploités, accumule les abus et les crimes. Il suffit qu’un voyou ait la manche et le képi ornés de passementerie pour avoir le droit de vie et de mort sur le troupeau encaserné. La dignité humaine, au nom de la sacro-sainte discipline, est piétinée.
" Tu obéiras comme un cadavre ", telle est la discipline des jésuites. Telle est aussi celle des armées impérialistes.
Le cas de Lucien Bersot, du 60e régiment d’infanterie, illustre tragiquement cette impitoyable règle, honte de la civilisation.
Lucien Bersot, réclamait depuis longtemps un pantalon rouge à son sergent-fourrier. En vain.
En février 1915, revenant d’une attaque, Bersot renouvela sa demande auprès de son fourrier. Celui-ci finit par trouver un pantalon, qu’il fit remettre à Bersot.
Or, ce pantalon, qui avait appartenu à un mort, était maculé de sang. Le soldat tué, pendant sa courte agonie, avait en outre souillé ce vêtement déjà taché de son sang.
Lucien Bersot, on le conçoit aisément, et quiconque en eût fait autant à sa place, refusa de revêtir un pantalon aussi malpropre.
Une discussion s’engagea entre le soldat Lucien Bersot, qui avait raison, et son sergent-fourrier, qui avait tort. Mais il paraît que les galons rendent infaillibles les pires brutes.
Sur ces entrefaites, le lieutenant André arriva. Comment un homme, simple fantassin, ose discuter l’ordre d’un sergent ! Depuis quand la chair à canon peut-elle se permettre de prétendre à l’hygiène ? Sans l’ombre d’une hésitation, le mufle à deux galons somma Bersot d’accepter le pantalon souillé. Bersot ne pouvait décemment s’incliner devant cet ordre odieusement inhumain. Il opposa un nouveau refus.
Le lieutenant André, immonde brute, infligea huit jours de prison à Bersot.
Bersot accomplissait sa punition, et les choses en seraient peut-être restées là, si les amis de Bersot, justement indignés, n’avaient élevé une protestation collective.
L’incident arriva à la connaissance du colonel du régiment, le colonel Auroux (un nom qu’il faudra retenir). Celui-ci voulut lui donner de l’importance et faire un exemple mémorable. Il réunit en hâte une cour martiale.
Le régiment n’était pas en ligne, mais il était
" alerté ". Cela suffit aux officiers pour leur per-mettre de qualifier l’acte de Lucien Bersot de " refus d’obéissance en présence de l’ennemi ".
Jusqu’à la dernière minute, Bersot ne pouvait croire à ce châtiment. Son agonie fut effroyable. L’infortuné pensait à sa femme, à la fillette adorée qu’il ne reverrait plus.
Après cet abominable assassinat, ses camarades élevèrent une véhémente protestation. Affolés, les officiers criminels réprimèrent sans mesure. Un des protestataires fut même condamné aux travaux publics !
Dès septembre 1918, la Cour de cassation cassa, pour vice de forme, la honteuse sentence de la cour martiale.
Hier, la chambre criminelle de la Cour de cassation a déchargé la mémoire de Bersot de la condamnation prononcée contre lui.
Elle accorde en outre 5.000 francs à la veuve et 15.000 francs à la fille mineure de Lucien Bersot.
Mais celui-ci est bien mort. Et ses assassins ne sont pas inquiétés ! En passant devant sa tombe, ils peuvent même, selon un exemple illustre, se permettre de rire.
Et qui sait ? peut-être ont-ils obtenu de l’avancement !
Honte ? honte au militarisme qui rend possibles d’aussi atroces forfaits. »



L’Ouest-Éclair – éd. de Caen –, n° 7.558, Vendredi 14 juillet 1922, p. 2 :


« LE SOLDAT BERSOT, DU 60e R.I.,
AVAIT A TORT ÉTÉ CONDAMNÉ A MORT

La Cour de Cassation l’a proclamé hier


PARIS, 13 juillet. ― La Chambre criminelle de la Cour de Cassation vient de rendre son arrêt dans l’affaire du soldat fusillé Bersot.
On se souvient que le soldat Lucien Bersot, du 60 e régiment d’infanterie, avait été condamné à mort par le Conseil de guerre du 60e régiment d’infanterie, se tenant à Fontenoy (Aisne), pour refus d’obéissance en présence de l’ennemi, le 12 février 1915. Il fut fusillé le lendemain.
Le refus d’obéissance de Bersot était le suivant : ayant besoin d’un pantalon et l’ayant réclamé à plusieurs reprises, Bersot reçut du sergent-fourrier Boisson, un pantalon taché de sang et de boue qu’il refusa d’accepter, malgré l’ordre qui lui en fut donné.
Bersot fut alors puni de huit jours de prison par le lieutenant André.
Estimant cette punition injustifiée, plusieurs camarades de Bersot firent une réclamation collective qui leur valut également de la prison.
Mais le colonel Auroux, commandant le régiment, attribua à ces incidents l’importance d’une mutinerie.
Le régiment, quoique n’étant pas en ligne, était en effet alerté.
Le colonel Auroux déféra donc Lucien Bersot devant le Conseil de guerre spécial qui prononça la peine de mort. Un des camarades de Bersot, qui avait protesté en sa faveur, fut condamné aux travaux publics.
Ajoutons que par un arrêt du mois de septembre 1918, la Cour de Cassation avait déjà annulé le jugement pour vice de forme.
Cet après-midi, la Chambre criminelle de la Cour de Cassation a prononcé la réformation de l’arrêt du Conseil de guerre spécial de Fontenoy, qui, le 12 février 1915, avait condamné à mort Lucien Bersot. Elle a déchargé sa mémoire des condamnations prononcées contre lui par ce Conseil de guerre et a accordé 50.000 francs
[sic] de dommages-intérêts à la veuve de Bersot, Mme Frère, et 15.000 francs de dommages-intérêts à la fille mineure de Lucien Bersot. »


Le Temps, n° 22.259, Samedi 15 juillet 1922, p. 4, en rubrique « Tribunaux » :


« Les réhabilitations posthumes. ― La chambre criminelle de la Cour de cassation vient d’en prononcer une nouvelle, celle du soldat Lucien Benot [sic], du 60e régiment d’infanterie, condamné à mort le 12 février 1915 par un conseil de guerre spécial siégeant à Fontenoy, dans l’Aisne, et fusillé le lendemain. Louis Benot [sic] avait été reconnu coupable de mutinerie devant l’ennemi. A la suite d’une punition de huit jours de prison que venait de lui infliger un sous-officier, ses camarades avaient pris, par une protestation collective, fait et cause pour lui, et cette protestation avait été qualifiée, mais à tort, de mutinerie.
La Cour de cassation qui, déjà, pour vice de forme, avait annulé le jugement de 1915, vient de décharger la mémoire de Lucien Benot
[sic] de la condamnation prononcée contre lui, et a accordé à sa veuve, 5.000 fr. à titre de dommages-intérêts et 15.000 fr. à sa fille mineure. »
____________________

Bien amicalement à vous,
Daniel.

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IM Louis Jean
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Re: lucien bersot

Message par IM Louis Jean » mar. juil. 07, 2009 11:44 pm

Bonsoir à tous,

Par souci de cohérence et d'exhaustivité, il m'a semblé utile de replacer ici les éléments d'information que j'ai naguère « postés » en rubrique « Pages d'histoire », sous le sujet « Liste des fusillés par régiment ».

Daniel.
Bonsoir à toutes et à tous,
Bonsoir Daniel,

Bonne idée! J'en fais autant :

Il y a finalement très peu d'information sur le net au sujet de l'affaire "Lucien Bersot". Très peu (trois trouvés) parlent d'excréments comme dans l'article reproduit par JLK, la plupart des articles, plusieurs dizaines, donnent le même résumé, très souvent au mot près :
<< Comme il n'y avait plus en magasin de pantalon à sa taille, Lucien Bersot ne pouvait porter que celui en toile blanc fourni avec le paquetage remis lors de l'incorporation. Grelottant de froid dans les tranchées, il demanda le 11 février 1915 au sergent-fourrier un pantalon de laine identique à ceux que portaient ses camarades. Le sergent lui proposa alors un pantalon en loques et maculé de sang, pris sur un soldat mort, ce que Bersot refusa.

Pour ce refus, Lucien Bersot se vit infliger une peine de huit jours de prison par le lieutenant André. Mais le lieutenant-colonel Auroux, commandant du régiment, estima cette punition insuffisante et demanda sa comparution en Conseil de guerre spécial, véritable Cour martiale. Comme de nouvelles recrues encore non aguerries venaient d'arriver, son intention était manifestement de faire un exemple de discipline militaire.>>


Je n'ai trouvé qu'un seul documenté (il y en a peut-être d'autres) :
Déclaration du lieutenant André :
<< « L’incident vient d’avoir lieu, Bersot s’est vu notifier sa punition. Peu après, voilà que toute la compagnie est sans dessus dessous. Une délégation vient me trouver, Cottet-Dumoulin et Mohn en tête, non pas, comme on l’a dit, pour me demander de changer le motif de la punition. S’ils m’avaient dit : Mon lieutenant, on regrette ce qui s’est passé, mais pas du tout. L’un a protesté, au nom de l’escouade, un autre au nom de la section, un troisième au nom de la compagnie. Je me suis trouvé en présence d’une véritable mutinerie. J’ai dû en rendre compte au colonel, qui a réuni la cour martiale».


De Fernand Chapuis qui a enquêté auprès des survivants (1926):
<<« Il faut tirer Bersot de ce mauvais pas. Pour cela, un seul moyen subsiste : changer le motif de la punition. Il faut intercéder auprès du lieutenant. C’est un compatriote, il comprendra. Et c’est ainsi que, spontanément, quelques camarades iront ensemble trouver le lieutenant André. Mais qui exposera l’affaire ? Mohn, le boute-en-train de la compagnie, s’exprime avec quelque facilité : il prendra donc la parole, au nom des Comtois, les autres l’accompagneront pour appuyer ses dires, ils montreront que Bersot n’est pas un mauvais diable. Mais le lieutenant prend mal la chose, les réclamations collectives sont inadmissibles, Bersot est donc perdu. Cottet tente un suprême effort, il insiste, il demande, malhabile à manier la parole, à ce que le chef de bataillon, étranger à l’affaire, donc impartial, fasse le rapport après avoir vu “le pantalon”. Mais, loin de s’arranger, la chose se complique. André se croit offensé. Le colonel Auroux est saisi de l’incident. Il convoque la cour martiale ».

D'un témoin au procès de réhabilitation, nom non cité :
<<Je vous ai fait appeler, me dit le colonel Auroux, parce que je suis en face d’une rébellion de soldats ; il faut
que je fasse des exemples, “en tuer un ou deux”. J’ai décidé de réunir le Conseil spécial, et comme j’entends que tout se passe régulièrement, comme vous êtes commis-greffier et magistrat, vous me prêterez votre concours ; trouvez-moi un texte qui me permette d’atteindre mon but ! Après un rapide examen du dossier dont la pièce principale était un rapport du commandant de la Compagnie où les faits s’étaient passés, le lieutenant André, je dis au colonel qu’il n’était pas possible d’appeler “rébellion” une simple réclamation collective faite spontanément par quelques hommes pour protester contre la punition infligée à l’un deux, Bersot, qui, au retour des tranchées, avait refusé de prendre un pantalon rouge maculé de boue, à lui remis par le sergent fourrier en remplacement d’un vieux. J’ajouterai que seule, l’inculpation d’outrage paraissait pouvoir être relevée contre les auteurs de la réclamation collective, puisque le commandant de compagnie, le
lieutenant André, relevait dans son rapport que le ton n’était pas correct. Comme le colonel insistait pour appliquer la peine de mort, et parlait de refus d’obéissance, je lui expliquai qu’à mon avis, ce crime n’était puni de mort que lorsque le refus portait sur un acte militaire dont la non-exécution impliquait l’idée de lâcheté. Le colonel compulsa le Code, lut l’article sur le refus d’obéissance et parut se convaincre que la rédaction de cet article lui permettait d’inculper Bersot de refus d’obéissance. Il me donna donc l’ordre de rédiger en ce sens l’inculpation. Il insista ensuite pour trouver contre les auteurs des outrages une loi permettant de les conduire
aussi au supplice, disant que c’était eux surtout qu’il voulait frapper. Il me désigna nommément Cottet-Dumoulin comme étant le soldat auteur principal de la réclamation, et peu intéressant, dont il aurait voulu se débarrasser le plus volontiers ; au contraire, il ne me parut pas animé contre Bersot d’une colère particulière ; ce soldat jouissait, d’ailleurs, de l’estime de ses chefs immédiats, malgré le peu de temps qu’il avait passé jusque là à la compagnie. Après une nouvelle consultation du Code, le colonel Auroux se rangea, sur ce point unique, à mon avis, et deux soldats, dont Cottet-Dumoulin, furent poursuivis sous l’inculpation d’outrages à supérieur.>>

Le lien vers l'article : http://www.besancon.fr/gallery_fil [...] e_2008.pdf

Cordialement
sesouvenir

garance.
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Re: lucien bersot

Message par garance. » mar. sept. 02, 2014 11:40 am

Bonjour,
je suppose que vous avez regardé le film sur France 5 hier soir !
cdt garance

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Jean RIOTTE
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Re: lucien bersot

Message par Jean RIOTTE » mar. sept. 02, 2014 2:07 pm

Bonjour à tou(te)s,
Effectivement, les propos tenus par Yves BOISSET à l'issue de la projection étaient pour le moins sidérants.
Quant aux écarts constatés "on" nous expliquera une fois de plus que s'agissant d'une création artistique...
Cordialement,
Jean RIOTTE

augustomagus
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Re: lucien bersot

Message par augustomagus » mar. mai 31, 2016 10:05 pm

Bonsoir monsieur Mansuy
Bonsoir à toutes et à tous

Vous indiquez dans le message ci dessus :

Jean Perruche de Velna (greffier au Conseil de guerre, dont le témoignage a été publié en 1924)

Où a été publié ce témoignage?

Il a eu comme ordonnance le soldat Charles Blot qui été affecté au Groupe des Divisions d'Entraînement du Plessis-Belleville (60).

Cordialement

Vincent

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